Arab Film Days d’Oslo: “Sofia” ou la sagesse d’une jeune mère marocaine

Arab Film Days d’Oslo: “Sofia” ou la sagesse d’une jeune mère marocaine

jeudi, 21 mars, 2019 à 11:19

Par Wahiba RABHI

Oslo – Le long-métrage “Sofia”, ou la sagesse d’une jeune mère marocaine, de sa réalisatrice Meryem Benm’Barek, a été projeté mercredi en nocturne à la capitale norvégienne Oslo, ouvrant le bal du festival Arab Film Days 2019.

“Sont punies de l’emprisonnement d’un mois à un an, toutes personnes de sexe différent qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles”. Ainsi début le film. L’article 490 du code pénal marocain s’affiche sur l’écran de la salle obscure et plonge immédiatement le spectateur dans le contexte.

Ce thriller social de 1h20 relate l’histoire d’un déni de grossesse, puis, l’accouchement d’un bébé hors mariage, qui plongent Sofia dans l’insécurité et l’illégalité. La jeune Casablancaise de 20 ans, soutenue par une cousine affolée, a un délai de 24 heures pour retrouver le père de son enfant, à défaut l’hôpital devra alerter les autorités…

À partir de cette situation désespérée, la cinéaste marocaine touche un sujet brûlant et son petit lot de clichés. Si de prime abord le film tourne autour du problème des mères célibataires, il esquisse surtout les fractures de la société avec pour leitmotiv l’oppression sociale et pour toile de fond Casablanca.

Projetée dans une salle archi-comble, cette oeuvre “bouleversante” aura visiblement captivé une foule de cinéphiles sur laquelle ils n’ont pas tari d’éloges.

“Sofia” illustre les grandes compétences marocaines tant sur le plan de la qualité de la réalisation que de l’interprétation des rôles, a confié à la MAP Houmad Achour, un des spectateurs, précisant que le festival est l’occasion de découvrir de plus près le cinéma marocain, et arabe en général.

Interrogé sur la valeur de cette production cinématographique, il a souligné que “Sofia” aborde bon nombre de questions sociales qui sont d’ailleurs universelles, en l’occurrence la frontière entre les classes sociales, l’interdiction de relations sexuelles hors mariage, la question de l’honneur, l’argent qui définit la liberté de chacun ou encore les contraintes des hommes dans une société inégalitaire, ouvrant des perspectives que le cinéma n’explore que rarement.

Ce genre de films est de nature à susciter “une polémique” et à soulever des débats qui peuvent s’avérer toutefois constructifs et positifs, a-t-il dit à l’issue de la projection, déplorant l’absence, ce soir-là, de la réalisatrice Meryem Benm’Barek afin de pouvoir créer un débat autour.

Aussi, cette oeuvre “ne reflète pas l’image général du Maroc malgré la présence de cas exceptionnels”, a poursuivi M. Achour, président de l’Association Mosaic à Oslo, qui coopère depuis belle lurette avec le festival Arab Film Days.

Meryem Benm’Barek sait impressionner le public par sa maturité de scénariste. Elle soulève des sujets tabous, qu’elle détricote en profondeur mais en douceur, sans utiliser des images crues, ni provocantes.

C’est le personnage de Sofia, interprétée par une Maha Alemi que le public a découverte dans “Much Loved” de Nabil Ayouch, qui offre au film son cachet original et unique. Tout en étant ancrée dans la tradition, la jeune Sofia refuse son rôle de victime et saura surprendre le spectateur. Elle va démontrer sa force et sa maturité en devenant mère.

Autour d’elle, il y a sa cousine émancipée et issue d’un milieu très privilégié, Lena, campée par Sarah Perles qui a également joué dans “Burn Out” de Nour-Eddine Lakhmari. Lena fait des études de médecine et soutient Sofia tout au long du film. Manifestement, les deux jeunes casablancaises ne parlent pas le même langage.

Plus rien ne semble pouvoir stopper le succès de ce long métrage, une production Maroc-France-Qatar. Depuis sa sortie en 2018, “Sofia” enchaine les récompenses au fil de ses projections aux quatre coins du globe.

Ce film, déjà primé à Cannes, Angoulême, Bruxelles et Carthage, continue sur sa lancée en recevant de nouveaux prix qui ne cessent de faire la fierté de sa réalisatrice.

Née en 1984 à Rabat, Meryem Benm’Barek a étudié l’arabe à l’Institut des langues et civilisations orientales à Paris avant de rejoindre en 2010 l’Institut supérieur des arts du spectacle à Bruxelles pour une formation dans la mise en scène.  Sélectionnée à l’Oscar du meilleur court-métrage pour son film “Jennah”, elle a remporté la même année le Grand prix du meilleur court-métrage au festival de Rhode Island aux Etats-Unis.

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