Les agences de presse africaines rattrapées par le débat sur les réseaux sociaux

Les agences de presse africaines rattrapées par le débat sur les réseaux sociaux

jeudi, 14 décembre, 2017 à 19:01

Casablanca – A l’ère des réseaux sociaux, les agences de presse d’Afrique et d’ailleurs ont pris conscience que le temps du monopole de l’information est bel et bien révolu, d’où la grande question sur les moyens d’intégrer les nouvelles voies de communication dans leurs stratégies.

C’est à cette problématique multidimensionnelle que devaient répondre, jeudi à Casablanca, les dirigeants de ces établissements dans le cadre d’un séminaire sur “L’intégration des réseaux sociaux dans les stratégies des agences de presse africaines”.

En conclave dans la métropole, à l’occasion de la troisième Assemblée générale de la Fédération atlantique des agences de presse africaines (FAAPA), les hauts responsables de ces médias ont unanimement reconnu l’impact désormais indiscutable des réseaux sociaux en termes d’audience depuis une décennie.

Sauf qu’au lieu de se résigner à cette fatalité qui risque d’altérer la mission première d’une agence de presse, à savoir la diffusion d’informations fiables et crédibles, ils sont arrivés à la conclusion qu’il faut intégrer pleinement les réseaux sociaux dans leur mode de fonctionnement, tout en les adaptant aux exigences de l’éthique professionnelle et de la déontologie.

Pour Samba Koné, ancien directeur général de l’agence ivoirienne de presse (AIP), les réseaux sociaux sont devenus, à la fois, “un mal nécessaire” et “un outil indispensable” pour toucher un plus large public, en plus de s’imposer comme une sorte de base de données et une source d’identification des informations.

En vieux routier, l’actuel PDG du groupe “Sud Actions Médias” ne va pas se priver d’adresser des fléchettes à ces réseaux, en rappelant qu’ils sont une source de “prolifération et de propagation rapide de la rumeur et de fausses nouvelles”, autrement dit les fameux “fake news”.

Pour remède, M. Koné propose, au plan macro, une coalition entre les réseaux sociaux et les médias pour lutter contre “ce fléau”, alors que pour la FAAPA, il défend l’idée d’une stratégie de veille, qui va faire que les agences membres deviennent les seules sources fiables concernant leurs pays respectifs.

Par conséquent, ce système de veille balisera le terrain à l’instauration d’une “certification” de l’information, loin des dérives et dérapages que génère la course à l’exclusivité et au scoop.

En porte-voix de la génération 2.0, le jeune Youssouf Kamal, directeur général de quid.ma, voit dans les réseaux sociaux “une opportunité politique” pour les agences de presse africaines afin d’augmenter leur “influence” et leur “pertinence” aux yeux des pouvoirs publics.

Les réseaux sont, en effet, à même d’élargir l’audience des agences et de leur garantir une nouvelle source de revenus (publicité), a-t-il dit, faisant observer que ces établissements doivent, tout d’abord, intégrer cet outil dans leurs stratégies en accélérant leur transition numérique.

Plus important que les aspects matériels et techniques (connexion, logiciels…), l’élément humain doit être au centre de ces stratégies, puisqu’il s’agit de se lancer dans de nouveaux métiers exigeant une formation et des profils spécifiques.

Faisant la synthèse des deux points de vue, le directeur général de la MAP, Khalil Hachimi Idrissi, relève que les agences de presse sont, certes, acculées à faire leur mue, mais il n’en demeure pas moins qu’elles auront toujours un rôle central.

Car, même si il leur arrive de perdre des fois la bataille de la rapidité, les agences de presse, grâce à leur rigueur et leur sens de l’éthique, restent les mieux outillés pour accompagner et éclairer les événements, a-t-il soutenu.

Qualifiant les fake news de “péché originel” des réseaux sociaux, M. Hachimi Idrissi, par ailleurs président en exercice de la FAAPA, a attiré l’attention sur le fait que les cyber-journalistes “font généralement faux en voulant faire vite”.

Cela dit, a-t-il souligné, les agences de presse africaines se doivent de “se préparer sérieusement” pour relever le défi de la transformation digitale et de la qualification des ressources humaines pour entrer de plain-pied dans la nouvelle ère.

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