Culture et Médias

Mawazine: Amancio Prada chante de la poésie ou quand la musique donne du sens à la vie

Jeudi, 5 juin, 2014 à 10:07

Mawazine: Amancio Prada chante de la poésie ou quand la musique donne du sens à la vie

Par Khalid EL HARRAK.

Rabat – Fidèle à la grande tradition espagnole des cantautores, ces chanteurs à texte, contestataires, le compositeur et interprète Amancio Prada a envoûté les mélomanes de la musique espagnole par la chaleur de la voix, la beauté du chant et la profondeur de la poésie, mercredi à Rabat, en sixième soirée du festival Mawazine-Rythmes du monde.
Eclectique, engagé, il aborde la chanson comme une culture en soi et une histoire qui lui est propre, car là, chaque chanson raconte une histoire vécue. “Chanter, c’est regagner ce qu’on a perdu auparavant”, a-t-il dit à un public acquis.
Pendant près de deux heures, le public du théâtre Mohammed V, assez nombreux, a pu suivre le chemin musical et poétique de l’artiste qui mène à la quintessence de la chanson d’auteur.
Manifestement sous le charme du spectacle, le public était si silencieux et attentif lorsque Amancio Prada entame la soirée en chantant certains poèmes de Federico Garc?a Lorca, comme Sonetos del amor obscuro, (Sonnets de l’amour obscur), “Gacela del amor desesperado” (Gacela de l’amour désespéré), rendant hommage au grand poète espagnol disparu en 1936.
Par la suite, quand les aficionados semblaient totalement embarquer dans une ambiance typiquement espagnole, le barde Amancio Prada a raconté et chanté pour eux les poèmes de Rosal?a de Castro, figure fondatrice et emblématique de la littérature galicienne moderne, à laquelle il a consacré tout un album “Rosalia Siempre” (Rosalia toujours).
L’euphorie atteint ses pics quand il interprète en français et en espagnol les chansons de Léo Ferré, tout en respectant leur essence poétique avec “Vida de artista”. Il interprète ainsi avec brio “La memoria y el mar” (La mémoire et la mer), “Con el tiempo” (Avec le temps), “El puente Mirabeau” (Sous le pont Mirabeau), avec une touche flamenco, grâce au guitariste José Luis Ordonez.
Au moment où le monstre de la chanson d’auteur espagnole explique en chantant la philosophie profonde de la vie, en prenant les rêves pour réalité, la chanson “Del amor que quita el sue?o” (De l’amour qui prive le sommeil) fait sensation. L’extase atteint son summum quand il interprète “Vida e Morte” (La vie et la mort), une chanson de son premier album, paraît en France en 1974.
Et puisque le chanteur persiste dans ce qu’il avait déclaré au début de la soirée de faire chanter les poètes, il va consacrer une place de choix aux poèmes d’Agust?n Garc?a Calvo, dont son chef-d’œuvre “Libre te quiero”, (libre je te veux).
L’artiste, qui rend hommage à sa ville natale à travers ses chansons, puise également ses textes aux sources de la poésie ancienne qu’il réhabilite, comme dans sa célèbre version du Cantique spirituel de Saint-Jean de la Croix.
Ce sont donc des moments forts, remplis de joie, car même si les espagnoles ont coutume de dire “las estrellas para quien las trabaja” (qu’on pourrait traduire par : “travaille, les étoiles viendront vers toi”), hier, l’inégalable Amancio Prada a enflammé les planches du théâtre Mohammed V.
Né en 1949 à Dehesas, dans la province du Leon en Espagne, Amancio Prada quitte l’Espagne franquiste dès 1969 pour aller étudier la sociologie à l’Université de la Sorbonne à Paris. Parallèlement, il apprend la guitare, l’harmonie et la composition. Il abandonne ses espoirs de devenir sociologue pour apporter une grande élégance à la chanson d’auteur espagnole.
L’artiste donne ses premiers concerts en décembre 1972, en première partie de Georges Brassens à Bobino, puis se produit à la radio, à la télévision et dans diverses universités. Sa musique, aux racines essentiellement populaires, est composée de créations personnelles et de chansons tirées de textes de poètes anciens et modernes les plus divers.
Pendant neuf jours, la 13ème édition de Mawazine, placée sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI et organisée par l’association Maroc-Cultures, rassemble pas moins de 1.500 artistes, dont de grands noms de la scène marocaine et panarabe, des stars de renommée internationale et des interprètes reconnus des principales traditions musicales de la planète, autour d’un seul mot d’ordre : “Nos différences nous ont réunis”.



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