M’barek Bouhchichi, un plasticien qui fait de la défense du pluralisme ethnique son cheval de bataille

M’barek Bouhchichi, un plasticien qui fait de la défense du pluralisme ethnique son cheval de bataille

mercredi, 7 avril, 2021 à 14:40

-Par : Nezha Boulenda-

Casablanca – M’barek Bouhchichi, originaire de Tahannaout, à une trentaine de kilomètres de Marrakech, se veut un plasticien obsédé par sa propre cause qui réside dans la perception du corps noir dans la société marocaine, devenue la boussole régissant l’ensemble de ses oeuvres.

Dans son exposition “The Silent Mirror”, qui se tient à la galerie de L’Atelier 21 de Casablanca, du 23 mars au 26 avril, il dit chercher un prélude pour débattre de questions sociales relatives à la richesse culturelle ethnique, dans toutes ses dimensions, une interrogation sur le niveau de notre intégration et de la capacité d’accepter l’autre. Il s’agit, selon lui, d’un ensemble de toiles reflétant le corps noir au Maroc, histoire de montrer ce que signifie être noir au Maroc d’aujourd’hui.

Si le « miroir » apparait silencieux chez cet artiste, son emprunte ne cesse d’interroger le visiteur de ses expositions sur le degré d’acceptation de l’autre qui n’est autre que le Marocain né de couleur noire, de l’acceptation de la différence et de sa volonté de cohabiter dans une société à multiples identités culturelles, linguistiques et ethniques.

Il s’agit là d’une passion sans faille, comme l’explique Bouhchichi, dans un entretien à la MAP, « je suis obsédé par la cause du Marocain noir, ma source d’inspiration, en rapport avec ma personne, l’espace géographique où je suis né, et mes relations sociales ».

A travers ses œuvres, cet artiste plasticien annonce un débat ouvert sur le pluralisme ethnique au Maroc, et à quel point apparait une véritable conviction et de principe sur le droit de l’ensemble des composantes ethniques de la société marocaine à faire part, à travers la peinture, de l’existence, dans toutes ses manifestations et expressions culturelles et sociales.

A travers ses œuvres, dont les thèmes sont inspirés de son vécu et des personnages de son environnement, M. Bouhchichi donne à voir l’une des expériences plastiques les plus intéressantes et les plus contemporaines au Maroc. Ses toiles, de grande et moyenne dimensions dont la plupart dessinées sur fond jaune avec prédominance du noir, sont conçues à la fois comme une réponse à la différentiation et l’altérisation du corps noir et comme une tentative de réévaluation des moyens de sa représentation, à travers des techniques et protocoles créatifs mis en œuvre pour mettre à nu la logique de la construction du portrait.

L’artiste transporte le visiteur vers un voyage de prospection de l’avenir, où il est confronté à des questions ouvertes et qui reste libre d’y trouver les réponses appropriées, à travers son interaction directe avec les toiles de ce jeune plasticien porteur de différentes interactions sociales, vécues depuis son enfance.

Pour mieux exprimer sa conception des choses, il a choisi de recourir à différentes techniques, privilégiant la matière du caoutchouc qu’il a transformée en matière brute, la modelant à sa guise, pour donner lieu à de nouveaux prototypes et briser les préjugés sur autrui.

Le choix du fond jaune chez cet artiste n’est pas fortuit, mais il s’agit d’attirer l’attention sur le non dit au sein de la société marocaine et qui se trouve absent du débat public, une couleur alliant attention et mise en garde sur l’existence d’un danger qui guette la société, en cas d’aggravation des disparités entre les composantes ethniques, linguistiques et culturelles de l’identité nationale.

M. Bouhchichi estime que les stéréotypes créés par le colonialisme, à travers son exploitation de l’image de l’Africain noir dans les spots publicitaires, sur fond jaune, l’a poussé à privilégier cette couleur, avec pour ambition de venir à bout de tout stéréotype et laisser libre cours au pluralisme ethnique marocain.

A travers toutes ses œuvres, il dit vouloir transmettre de nombreux messages, à savoir la reconnaissance de l’Afrique et de sa diversité ethnique et la richesse de son patrimoine, outre la nécessité de s’abstenir à adhérer à toute tentative visant à occulter une quelconque composante de notre identité commune.

Son parcours artistique a été consacré à l’exposition d’œuvres reflétant sa conception du corps noir au sein de la société marocaine et traduisant une sorte de récit autobiographie.

Les thèmes choisis dans ses peintures, dessins, ou vidéos, inspirés de son propre environnement, font ressortir une des importantes et modernes expériences plastiques au Maroc.

Il est toujours à la recherche d’une certaine harmonie vis-à-vis du récepteur, et essaye ainsi de soulever les problématiques et questions qui le préoccupent, à travers le langage de ses créations.

Les oeuvres de Bouhchichi traitent d’une cause fondamentale reposant sur le pluralisme ethnique au sein de la société marocaine qui lui permet de mieux comprendre l’existence de l’autre.

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