Nabil karoui, les voies impénétrables de la “charity business”

Nabil karoui, les voies impénétrables de la “charity business”

mercredi, 18 septembre, 2019 à 12:07

Tunis – Voir deux candidats anti-système, dont l’un est en prison, s’affronter au deuxième tour de la présidentielle anticipée relève de l’impossible et constitue même le pire scénario auquel pouvait s’attendre la classe politique tunisienne.

Cet impossible a fini par se produire. En accédant au deuxième tour de la présidentielle anticipée, Nabil Karoui, candidat du parti “Qalb Tounes” (Coeur de Tunisie) a fourni, rubis sur l’ongle, la preuve de la portée de son discours populiste et humanitaire auprès d’une partie non négligeable de l’électorat tunisien.

Profitant de la faiblesse de l’Etat et du laxisme de l’action publique, il a exploité le vide ambiant en se déclinant sous l’image d’un Robin des bois des temps modernes. Son incarcération depuis le 23 août dernier sur ordre de la justice, qui le soupçonne de “fraude fiscale” et de “blanchiment d’argent”, ne l’a pas desservi, loin s’en faut.

En tout cas, sa présence pour le deuxième tour tout en étant en prison, met la Tunisie dans une situation quasiment sans précédent dans le monde. Présenté par les membres de son équipe de campagne comme le “Mandela de la Tunisie”, il a gagné en popularité dans les fiefs qu’il a sillonnés ces dernières années pour présenter aides aux familles nécessiteuses.

Nabil Karoui est issu de l’establishment tunisien, mais il a vu son image d'”anti-système” renforcée après son incarcération. Cet homme d’affaires de 56 ans à la réputation sulfureuse, a bâti sa popularité ces dernières années en organisant des opérations caritatives dans les régions défavorisées du pays, en s’adossant sur la chaîne de télévision privée “Nessma”, dont il est le fondateur. Il est arrivé deuxième avec plus de 15% des voix exprimées. Par répartition géographique, Nabil Karoui a séduit dans le nord du pays, principalement à Béja, Jendouba et Bizerte, sa ville de naissance.

L’émiettement du parti “Nidaa Tounes” a grandement profité au candidat du parti “Qalb Tounes”, ancien dirigeant du parti, qu’il avait quitté après des tensions avec le directeur exécutif, Hafedh Caid Essebsi en avril 2017, ce qui lui a permis de récupérer une grande partie de cet électorat tout en attirant vers lui 21% d’électeurs qui n’ont pas voté en 2014.

Son incarcération depuis août dernier ne l’a pas handicapé, loin s’en faut. Il en a même tiré profit. Son séjour à Mornaguia (prison proche de Tunis) n’a fait que renforcer son image de candidat “anti-système” et a ainsi fait grimper les intentions de vote en sa faveur. Depuis 2016, l’ONG anticorruption I-Watch, antenne locale de “Transparency International”, suit ses mouvements à la trace. Il l’accuse ainsi que son frère, Ghazi, d’avoir créé des sociétés dans des paradis fiscaux dans le but d’alléger le montant de leurs impôts. Des accusations dont la justice vient seulement de se saisir, au risque désormais d’être taxée d’instrumentalisation par le pouvoir politique.

Son équipe dirigée par sa femme a sillonné les différentes régions du pays réussissant à le présenter dans la peau d’une victime d’un système politique inique, de règlement de comptes de ses adversaires les plus acharnés, notamment de Youssef Chahed, chef du gouvernement et candidat malheureux du parti Tahya Tounes . Son épouse, Salwa Smaoui, qui a mené par procuration sa campagne le décrit comme “combatif, sûr de lui, il se bat. Il gère comme il peut sa campagne depuis sa cellule avec un énorme sentiment d’injustice et de révolte par rapport à une élection que le pouvoir essaye de truquer. Heureusement, sur le terrain, les gens n’attendent qu’une chose : voter pour le sortir de prison”.

Surnommé le “Berlusconi tunisien”, le patron du groupe de média et publicité Karoui & Karoui, se revendiquant comme un défenseur des classes populaires, distribuant nourriture et produits de première nécessité, au nom de son association, Khalil Tounes, créée après le décès de son fils aîné dans un accident de voiture.

Ses malheurs ont commencé lorsqu’il a été présenté, depuis plus d’un an, comme favori dans les sondages. Ses défenseurs attribuent son incarcération aux manœuvres de ses adversaires les plus redoutables, à savoir le Premier ministre, Youssef Chahed, candidat de “Tahya Tounes”, dont il fait de l’ombre et également le mouvement “Ennahdha” en investissant les régions vivier électoral du parti islamiste.

En attendant la fixation de la date du deuxième tour de la Présidentielle qui doit survenir après l’épuisement de tous les recours, ce candidat pose un véritable casse-tête juridique et un cas unique dans le monde. Quelle piste de sortie pourrait-on trouver pour lui permettre de sortir de sa cellule et d’entamer une campagne équitable pour un deuxième tour qui s’annonce également indécis et serré ?

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