Au Mexique, des portraits en Lego à la mémoire des 43 étudiants disparus

Au Mexique, des portraits en Lego à la mémoire des 43 étudiants disparus

mardi, 14 mai, 2019 à 15:49

Par Khalid El Harrak

Mexico – “Reestablecer memorias” (Rétablir les mémoires) est le titre évocateur d’une exposition de l’artiste chinois mondialement connu Ai Weiwei, qui se tient à Mexico, dans un hommage posthume et une action pour réhabiliter la mémoire des 43 étudiants enlevés et assassinés au Mexique une nuit de septembre 2014. Ce drame, qui a endeuillé le pays et provoqué un tollé international, reste, jusqu’à aujourd’hui, enveloppé de mystère.

L’événement artistique, accueilli au Musée universitaire d’art contemporain, offre à voir une série de portraits en Lego à la mémoire de ces étudiants, cinq ans après leur disparition sans parvenir ni à la vérité ni à la justice.

A travers cette exposition, l’artiste entend restituer la force de la mémoire pour les générations futures et les présenter de manière toujours renouvelée pour que la mémoire ne s’étiole pas. Car selon Ai Weiwei, “la construction de la mémoire est un devoir envers les générations qui nous succèdent”.

“Oublie l’artiste, je suis un être humain tout comme toi, et si tu entends quelqu’un souffrir, que le fils de tes voisins n’est jamais revenu, et que quatre ans se sont écoulés et que le gouvernement ne parvient à aucune conclusion, alors de quel genre de gouvernement s’agit-il ? Dans quel genre de société vivons-nous ?”, s’est-il interrogé devant la presse à Mexico, lors du vernissage de cette exposition qui a connu l’afflux d’un grand public.

D’après Weiwei, c’est aussi l’occasion d’explorer les problèmes sociaux du Mexique et de la Chine, condamner la tentative désespérée de destruction du patrimoine culturel et chercher à construire la mémoire sociale.

Pour ce projet, l’artiste chinois propose un voyage à travers le temps et son œuvre. “Migration, liberté, mémoire et pardon”, tels sont les sujets qui l’inquiètent et pour lesquels il a opté pour des portraits en Lego afin de réhabiliter la mémoire des victimes comme sujets muets de l’histoire.

L’exposition dépeint a la fois les préoccupations que suscite la destruction du patrimoine culturel et le traumatisme que représente l’atteinte à l’avenir, à savoir la violence contre les jeunes.

D’un côté, une très grande installation, avec des portraits faits à partir de pièces de Lego, de l’autre, un documentaire qui revisite l’histoire dramatique et les séquelles personnelles et sociales de la disparition des 43 étudiants de la Normal d’Ayotzinapa.

La chronologie débute le 26 septembre 2014, la nuit où ces étudiants, qui se rendaient à une manifestation dans la capitale, ont été attaqués par la police corrompue de la ville d’Iguala.

Trois mois après, le 27 janvier 2015, le procureur général a présenté une version des faits suggérant que les étudiants avaient été remis à des narcotrafiquants qui les avaient tués puis incinérés dans une décharge. Une version officielle qui a été contredite le 6 septembre 2015, par une équipe d’experts internationaux indépendants ayant étudié la “scène du crime”.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme a critiqué à plusieurs reprises la version officielle du gouvernement, la qualifiant d'”intenable”.

La disparition des étudiants avait provoqué un tollé international et déclenché de nombreuses manifestations, parfois violentes, contre le gouvernement de l’ancien président Enrique Peña Nieto.

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