Industrie automobile US: Détroit s’invente un nouvel avenir

Industrie automobile US: Détroit s’invente un nouvel avenir

mardi, 5 novembre, 2019 à 14:43

.-Omar ACHY-.

Détroit-Avec ses sept immenses gratte-ciel, le complexe “Renaissance Center”, le RenCen pour les habitants de Détroit, symbolise le gigantisme américain mais aussi les ambitions de résurrection de la “Motor City”, cette ville de l’État du Michigan qui constitue le cœur historique de l’industrie automobile et qui s’investit massivement aujourd’hui dans la voiture du futur.

Le complexe, véritable ville à l’intérieur de la ville, situé en front de rivière en face du Canada, dont il est séparé par le tunnel de Détroit-Windsor, appartient tout naturellement au géant de l’automobile General Motors qui consacre l’une des tours à son imposant siège social.

Avec Ford et Chrysler, GM est l’un des trois grands constructeurs “The Big Three” qui font la gloire de la ville et de l’industrie automobile made in USA.

Motor City ou Moto Town a toujours vécu aux rythmes de cette industrie qui a connu ses années faste avant de donner des signes d’essoufflement sous l’effet, entre autres, d’une concurrence étrangère rude et des conséquences de la crise financière.

Il faut dire que Détroit symbolise aussi bien les années de gloire de cette industrie que ses années de déclin qui ont conduit à la mise de la ville sous la protection du régime des faillites, avant de se réinventer aujourd’hui un nouvel avenir grâce aux innovations avec les voitures électriques et autonomes.

Il y a plus d’un siècle, l’ascension fulgurante de l’industrie automobile a créé la classe moyenne et placé cette ville du Midwest américain au centre du monde industriel moderne.

C’est en effet Détroit qui a fourni le modèle de production de masse adopté par d’autres industries.

Henry Ford fut le premier à utiliser la chaîne de montage dans la fabrication auto, générant des gains importants tant au niveau de la rapidité et la cohérence de l’assemblage qu’en terme de coûts.

Des décennies de croissance soutenues s’en sont suivies. Les constructeurs automobiles sont petit à petit devenus complaisants, multipliant mauvaises décisions et s’accrochant à des modèles technologique et commercial de moins en moins compétitifs par rapport aux goûts et exigences des consommateurs et à une concurrence étrangère qui monte en flèche.

En 2009, General Motors et Chrysler ont fait faillite. Ford sombrait dans la dette.

Et c’est le moteur économique de Détroit qui se trouva ainsi enrayé, affectant des milliers d’emplois et touchant de plein fouet les finances de la municipalité.

La Ville a été mise sous tutelle et sa gestion confiée à l’Etat du Michigan.

Face à cette crise qui a précipité la fermeture de nombreux usines et le départ d’un grand nombre d’habitants en quête de meilleures opportunités ailleurs, de riches fondations locales sont venues à la rescousses pour renflouer les caisses.

Les trois constructeurs automobiles ont consenti de nouveaux investissements de même que les syndicats et les fonctionnaires de la ville ont accepté de faire des sacrifices en termes de salaires afin de renverser la tendance.

Cette dynamique a permis à Motor City de voir le bout du tunnel plus vite que prévu, à la faveur aussi d’une nouvelle mutation dans une industrie automobile désormais plus portée sur l’innovation et la connectivité.

“Dix ans après la crise et les faillites de GM et Chrysler, les ventes d’automobiles sont de nouveau importantes”, souligne Kristin Dziczek, responsable dans un centre américain pour la recherche automatisée, qui prévient néanmoins que dans une industrie très cyclique, “les changements de modèle technologique et commercial sont considérables: l’accent doit être mis sur l’amélioration de l’économie de carburant, les émissions de gaz à effet de serre et pas uniquement l’automatisation des véhicules mais aussi celles des usines”.

Dans ce nouveau paysage, le Michigan a capté 25% de tous les investissements des constructeurs automobiles en Amérique du Nord depuis 2009.

Le nombre d’emplois dans le secteur de la fabrication automobile a aussi grimpé de 7% entre 2014 et 2018.

Rendez-vous prisé du gratin mondial de l’industrie, le Salon auto de Détroit, qui se tient pendant deux semaines, au début de chaque année, symbolise bien cette transition.

L’évènement d’envergure désormais déplacé à juin, à partir de 2020, afin de se replacer au centre du calendrier des acteurs du secteur, est un défilé des concepts-voitures et des nouvelles technologies avancées qui façonnent l’écosystème de mobilité.

Attirant plus de 800.000 personnes par an, le Salon a généré en 2018 quelque 450 millions de dollars de revenus à la municipalité, soit une augmentation de 30 millions par rapport à 2017.

Pour les analystes, il est important dans une industrie en constante mutation que les constructeurs automobiles sur le marché américain ou ailleurs, arrivent à trouver l’équilibre entre les ventes de voitures traditionnelles et la prochaine génération de véhicules. Les bénéfices générés permettent ainsi l’investissement dans les nouvelles technologies et la voiture du futur.

Au cœur historique de l’industrie automobile américaine, la leçon semble bien apprise.

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