Fauzaya Talhaoui, un parcours éclectique au service de la cause féminine

Fauzaya Talhaoui, un parcours éclectique au service de la cause féminine

mercredi, 4 mars, 2020 à 13:39

Par Amal Tazi.
Bruxelles – Fauzaya Talhaoui est l’exemple de l’engagement au féminin de la diaspora marocaine en Flandre, dans le nord de la Belgique, où cette spécialiste des droits humains œuvre sans relâche depuis des années, à la fois en tant qu’élue et universitaire, pour améliorer le quotidien de femmes issues, comme elle, de la migration.

« Je suis une femme multifonction », confie, dans un entretien à la MAP, cette cinquantenaire, fière d’avoir accompli une belle carrière qu’elle n’hésite pas à mettre au service de ses concitoyennes aussi bien en Belgique qu’au Maroc.

Une carrière riche qui a amené la Belgo-marocaine à assumer les trois casquettes complémentaires qu’elle veut bien continuer à arborer avec plaisir pour justement accomplir cette mission noble qu’elle s’était fixée.

La première est celle de la femme politique engagée qu’elle est, d’abord en tant que députée puis sénatrice au niveau fédéral, avant d’enchaîner en tant qu’élue locale jusqu’à aujourd’hui à Anvers où elle vit depuis plus de 43 ans.

C’est très jeune qu’elle avait fait son entrée en politique. Élue pour la première fois en 1999, la Belgo-marocaine devient à 28 ans la première femme d’origine non européenne à siéger dans le parlement fédéral belge. Elle y a servi trois mandats, d’abord avec les Verts (en tant que députée dans la chambre pour quatre ans) avant de rejoindre les socialistes flamands de la s.pa en 2003-2004 pour deux mandats comme sénatrice.

L’émancipation de la femme, les droits de la jeunesse et les questions ayant trait à la migration, y compris la préservation de la double-nationalité, ont toujours été des sujets de prédilection ayant guidé l’action politique de Fauzaya Talhaoui. Pour ce faire, elle a bien su mettre à profit ses compétences de juriste, sa deuxième casquette.

Arrivée à Anvers dans les années 70 dans le cadre du regroupement familial, cette fille d’ouvrier y a brillamment accompli son parcours scolaire et universitaire, ce qui lui a valu, in fine, de décrocher à l’université le poste d’assistant professeur de droit international avec la spécialisation en droits de l’homme et de la femme.

Elle a notamment contribué à faire connaître le nouveau code de la famille auprès de membres de la communauté marocaine établie en Flandre mais aussi au Maroc, ayant été chef de délégation pour un groupe de femmes belgo-marocaines qui ont assisté en 2004 à la caravane de la Moudawana. Le texte «a aussi eu beaucoup de conséquences pour les femmes marocaines vivant à l’étranger », précise l’universitaire, en référence aux solutions apportées aux problèmes de kidnappings d’enfants, de la répudiation et de la polygamie.

Parmi les progrès, elle cite notamment la reconnaissance mutuelle des jugements de divorce entre les deux pays, ou encore la ratification par le Maroc de la convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), permettant ainsi de chercher et de ramener les enfants en Belgique, en cas d’enlèvement de ceux-ci par l’un des parents.

« Cela a été un soulagement pour beaucoup de mères ici », commente-t-elle.

S’agissant de la question de la double nationalité, Fauzaya Talhaoui souligne l’impératif de préserver cet acquis de la communauté issue de la migration, à un moment où des voix s’élèvent en Belgique et d’autres pays d’Europe pour y mettre fin sur fond d’attentats terroristes.

« On est dans un monde globalisé où beaucoup de gens se déplacent pour leur travail, pour le regroupement familial, il ne faut pas si facilement toucher à cette double nationalité », soutient-elle, assurant que les Belges d’origine marocaine restent attachés à leurs origines et fidèles au pays de leurs parents et grands-parents.

La Belgo-marocaine perçoit personnellement cet attachement comme une manière de maintenir ses propres liens avec la mère patrie, le Maroc. « Cela me permet de mieux le connaître et de comprendre l’histoire du pays », affirme fièrement celle qui veille à suivre «avec beaucoup d’intérêt et de passion » les évolutions concernant le Maroc, notamment la dynamique de régionalisation et la question du Sahara, la cause nationale.

Elle participe, d’ailleurs, souvent à des conférences sur ces sujets, et bien d’autres concernant la diaspora, au Maroc qu’elle visite régulièrement que ce soit à titre privé ou dans le cadre de ses activités académiques. Elle donne notamment des cours à l’Université Mohammed 1er d’Oujda dans le cadre d’un partenariat la liant à l’Université d’Anvers depuis 2005.

La troisième casquette de Fauzaya Talahoui est celle de femme entrepreneure. « On essaye de créer des coopératives de l’économie sociale dans certaines régions au Maroc, notamment en zones rurales », indique-t-elle, citant en particulier la localité de Kabdna, à Nador, région de ses parents.

En guise de message à l’occasion de la journée internationale de la femme, Fauzaya a une pensée particulière pour “toutes ces femmes qui subissent les horreurs de la guerre en Syrie, en Irak, voire partout dans le monde, toutes ces femmes qui sont toujours en train de se battre pour leurs droits humains naturels”.

« La lutte continue pour donner à la femme ses droits naturels sur pied égal avec l’homme», dit la Belgo-marocaine qui conclut en militante sur un appel à tous les pays qui ne l’ont pas encore fait, de signer et ratifier, sans réserve, la convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme.

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