Colombie : les électeurs du centre, grands arbitres du second tour de la présidentielle

Colombie : les électeurs du centre, grands arbitres du second tour de la présidentielle

mercredi, 13 juin, 2018 à 13:00

 

Par Mohammed BEN MESSAOUD

 

Bogotá – Avec près de cinq millions de voix, les électeurs du centre auront certainement leur mot à dire lors du second tour de la présidentielle de dimanche prochain en Colombie.

Leur choix sera décisif pour l’élection du futur locataire du Palais de Nariño. Dimanche prochain, les Colombiens auront à départager les deux candidats arrivés en tête lors du premier tour de la présidentielle, à savoir Ivan Duque, du parti de droite Centre démocratique (CD), et son rival de gauche, l’ancien guérillero Gustavo Petro.

Conscients du rôle crucial que peuvent jouer les électeurs du centre pour faire pencher la balance au profit de l’un ou de l’autre des deux candidats, Ivan Duque, arrivé en tête lors du premier tour avec plus de 7,5 millions de voix (39,14%), et Gustavo Petro, arrivé deuxième avec 4,8 millions de voix (25,08%), n’ont cessé tout au long de la campagne électorale de multiplier les appels du pied à cette catégorie d’électeurs.

Dès la proclamation des résultats du premier tour, M. Duque, dauphin de l’ancien président Alvaro Uribe (2002-2010), a fait un clin d’œil à Sergio Fajardo, candidat malheureux de Coalition Colombie (centre-gauche) qui s’est classé 3è avec plus de 4,5 millions de suffrages (23,73%), en le félicitant pour la campagne qu’il a menée avec des thèmes “importants” pour le pays.

“Nous le rejoignons dans ses idées de travailler sur l’éducation et la lutte contre la corruption”, a ajouté le candidat de droite dans une tentative de séduire les partisans de M. Fajardo.

Il a récidivé en invitant, le 29 mai dernier, sur les ondes de RCN Radio, l’ex candidat de Coalition Colombie à sceller une large coalition en perspective du second tour, soulignant que son programme électoral a plusieurs points en commun avec celui de l’ancien maire de Medellín notamment l’éducation et la lutte contre la corruption.

M. Duque (41 ans) a également invité l’ex négociateur de paix avec les Farc et ancien candidat indépendant de centre-gauche, Humberto de la Calle, qui a obtenu 365.658 voix lors du premier tour, à faire partie de cette large coalition qu’il voulait établir, en précisant qu’il partage certains points de son programme relatif à la réforme du système de la santé et à la défense des droits des minorités.

Dans une tentative de dissiper tout malentendu avec M. De la Calle à propos de l’accord de paix avec les Farc, farouchement défendu par l’ancien négociateur, M. Duque a indiqué qu’il n’a nullement l’intention d’abroger cet accord, en soulignant qu’il veut apporter des modifications à ce texte pour le bien de la Colombie.

Pour sa part, Gustavo Petro, candidat du mouvement de gauche Colombie Humaine, a invité à plusieurs reprises M. Fajardo à intégrer son mouvement, en lui proposant même de faire partie de son futur cabinet en cas de victoire dimanche prochain.

M. Petro a également adressé samedi une lettre à M. De la Calle pour lui demander son soutien lors du second tour afin d’”asseoir une paix définitive et globale” en Colombie.

Réagissant aux sollicitations insistances de ses anciens rivaux, Fajardo a précisé qu’il va voter blanc, sans donner aucune consigne de vote à ses partisans en leur laissant la liberté de voter pour le candidat de leur choix.

“Je vais voter blanc. Lors de la campagne j’ai dit à plusieurs reprises : ni Duque ni Petro (…) Je pense qu’aucun des deux ne représente ce que nous voulons pour la Colombie”, avait-il indiqué dans un communiqué, publié fin mai, renvoyant dos à dos les deux prétendants à la magistrature suprême du pays sud-américain.

M. Petro, économiste âgé de 58 ans, a implicitement critiqué l’ancien candidat de Coalition Colombie, estimant que le vote blanc profitera à son rival de droite, Ivan Duque

MM. Petro et Fajardo avaient déjà tenté de créer une large coalition de gauche avec des candidatures uniques avant l’élection présidentielle, mais leurs négociations se sont soldées par un échec.

M. Fajardo avait déclaré après sa défaite électorale qu’il n’est plus intéressé par le poste de président, précisant que la priorité sera accordée aux prochaines élections municipales et régionales, prévues en 2019.

Selon plusieurs médias locaux, M. Fajardo lorgne sur la mairie de Bogotá, ville où il s’est classé en tête, en termes de voix, lors du premier tour de la présidentielle.

De son côté, Humberto de la Calla a indiqué qu’il a opté pour le vote blanc, sans donner aucune consigne de vote à ses partisans.

M. Duque a reçu le soutien des partis Libéral et Conservateur dont l’une des dirigeantes, l’ex-ministre Marta Lucia Ramirez, est candidate au poste de vice-présidente sous les couleurs du CD. Il est également soutenu par le parti de Cambio radical et certains secteurs du Parti social d’unité national, connu sous l’appellation du Parti de la U.

Quant à son rival de gauche, il bénéficie du soutien du Parti de gauche Alliance démocratique alternative (ADP) et de plusieurs secteurs de l’Alliance verte.

Vendredi, Claudia Lopez, ancienne candidate au poste de vice-présidente sous les couleurs de Coalition Colombie, ainsi que le sénateur élu, Antanas Mockus, de l’Alliance verte, ont scellé une coalition avec le candidat de Colombie Humaine, en perspective du second tour du scrutin présidentiel.

Avocat de profession, Ivan Duque, qui devance son rival dans tous les sondages avec un écart de 13 à 20 points de pourcentage, serait, en cas de victoire, le deuxième président le plus jeune dans l’histoire de la Colombie, après le libéral Eustorgio Salgar (1870-1972), qui avait 39 ans lorsqu’il a accédé à la magistrature suprême de son pays.

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