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Don et Greffe d’organes : Six questions au responsable de l’unité de la promotion de greffe de tissus au CHU Mohammed VI à Marrakech

Don et Greffe d’organes : Six questions au responsable de l’unité de la promotion de greffe de tissus au CHU Mohammed VI à Marrakech

samedi, 17 octobre, 2020 à 12:02

Propos recueillis par Omar Er-rouch

Marrakech – Hasna Soummane, responsable de l’unité de coordination et de la promotion de greffe de tissus au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Mohammed VI de Marrakech, revient, dans un entretien accordé à la MAP à l’occasion de la Journée Mondiale du Don et de Greffe d’organes, sur l’état des lieux du don, du prélèvement et de la transplantation d’organes et de tissus humains au Maroc, ainsi que sur les mesures qui doivent être prises pour promouvoir cette pratique.

1- Quel est l’état des lieux du don, du prélèvement et de la transplantation d’organes et de tissus humains au Maroc ?

Le Maroc accuse un énorme retard en matière de don d’organes et de tissus. Selon les statistiques du ministère de la santé publiées en 2019, seulement 3.927 greffes ont été réalisées, dont 90 greffes à partir de donneurs en état de mort encéphalique. Seulement 476 greffes rénales ont été réalisées.

Pour ce qui est de la greffe du foie, qui est également une opération longue et complexe, le ministère fait état de 19 transplantations. La première a été réalisée chez un enfant de 10 ans à partir de donneur vivant, au CHU Mohammed VI de Marrakech. A savoir aussi que 3.000 cornées ont été greffées durant la même période, ainsi que 400 greffes de moelle osseuse et de cellules souches.

Ces chiffres alarmants nous mettent dans un besoin urgent d’engager une réflexion profonde sur les moyens à mettre en place et à développer pour sauver et améliorer la qualité de vie des patients.

2- La loi 16-98 a-t-elle aidé à encourager les Marocains à devenir donneur?

Le 25 août 1999, le Maroc a promulgué la loi N° 16-98 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d’organes et de tissus humains afin de sécuriser tous les cas du processus de don et de transplantation, et éliminer les raisons de la méfiance.

Cette loi traite de deux formules de don : don et prélèvement d’organes sur une personne vivante, et don et prélèvement d’organes sur une personne décédée. Pour le premier cas, le don d’organes concerne les descendants, les ascendants, les frères, les sœurs, les oncles, et les tantes, ainsi que les conjoints après un an de mariage, tandis que le second concerne les personnes qui ont exprimé, de leur vivant, le souhait de faire don de leurs organes, ou celles qui n’ont pas exprimé d’objections à cet égard, et dont le conjoint, les ascendants ou les descendants n’en expriment aucune à son décès.

L’opération de don ne peut être effectuée que dans des hôpitaux publics agrées par le ministère de la Santé, et ce dans le cadre de procédures préventives, dont le fait que le don se fasse devant un juge et en présence de deux médecins, et l’existence de registres et de procédures qui rendant impossible le commerce d’organes humains au Maroc.

3- Qu’est-ce qui bloque à votre avis ?

Les éléments qui ralentissent le programme peuvent se résumer au verrouillage de la législation, au coût de l’opération, à la méconnaissance des aspects médicaux, et à la rareté de la discussion et de l’information sur le sujet.

Il est à savoir que la législation marocaine rend parfois difficile la procédure du don et de la transplantation, d’où une révision des textes de loi relatifs au don, prélèvement et la greffe d’organes et de tissus qui s’impose.

La greffe implique incontestablement de lourdes charges financières. A titre d’exemple, le coût d’une greffe sans complications est évalué à 250.000 dirhams en plus un forfait de traitement de 10.000 dirhams /an hors bilans biologique et radiologique.

Le nombre d’heures consacrées à la dialyse en moyenne est de 64 heures par mois, ce qui implique une dégradation de la qualité de vie du patient ainsi que son entourage.

4- Comment devenir donneur au Maroc ?

Pour devenir donneur d’organes et de tissus humains, la procédure est simple. L’article 13 de la loi 16-98 stipule que toute personne majeure jouissant de ses pleines capacités peut, de son vivant, exprimer sa volonté.

Un registre pour le recueil des déclarations de don, ou bien de refus, est mis à la disposition des citoyens aux tribunaux de première instance de la ville de résidence. Faire connaître sa volonté d’autoriser ou d’interdire des prélèvements d’organes sur sa personne après son décès, ou de certains d’entre eux seulement est un acte gratuit et un témoignage de générosité et de prise de conscience pour sauver les vies. Seuls 2100 personnes sont inscrites dans l’ensemble des tribunaux du royaume.

5- Quelles sont, à votre avis, les mesures qui doivent être prises pour promouvoir le don d’organes au Maroc ?

Le don d’organes et de tissus humains est un projet sociétal qui implique la facilitation des procédures, l’appui aux centres et aux équipes, ainsi que la promotion de la culture de don dans la société.

La greffe est un enjeu majeur de santé publique, sur le plan médicoéconomique, ainsi que sociologique, établir un ‘’plan greffe’’ à l’échelle nationale s’impose pour donner un nouvel élan à ce créneau.

6- L’expérience du CHU de Marrakech ?

Depuis 2009, le CHU a fait du programme de don d’organes et de tissus humains un pôle d’excellence, qui s’inscrit dans le cadre des projets de développement de la prise en charge des malades dans un milieu hospitalier de troisième niveau.

Cette alternative soin vient pour sauver la vie des malades qui décèdent sur les listes d’attente de transplantation d’organes. Reconnue comme un véritable problème de santé publique, la pénurie du don d’organe et de tissus au Maroc, semble contrarier les plans stratégiques du Ministère de la santé visant à réduire le coût thérapeutique et d’hospitalisation, tout en améliorant la qualité de vie et de soins des patients en question.

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