Éducation pour tous: Quand la société décide de se prendre en charge

Éducation pour tous: Quand la société décide de se prendre en charge

lundi, 18 février, 2019 à 11:54

— Par Jamal Chibli–

Casablanca – Une jeune femme révoltée décide de mettre 13 millions de dirhams sur la table pour un enseignement équitable. L’Académie régionale accepte de l’accompagner. La province joue son rôle de facilitateur. Et voilà que des milliers d’élèves, particulièrement des filles, pourront, à l’avenir, poursuivre leur apprentissage, dans leur village et en toute quiétude.

Ce n’est pas une fiction, mais une scène bien réelle qui s’est produite, vendredi dernier, au siège de la province de Settat, où les trois protagonistes prénommés ont signé deux conventions de partenariat, relatives à la construction d’un lycée et à la restauration d’une école dans la commune rurale d’Ouled Fares (cercle de Ben Ahmed).

Un bel exemple de synergie, de rencontre et de complémentarité entre l’action citoyenne et la responsabilité publique ! L’acte de générosité de la jeune femme d’affaires serai resté lettre morte, s’il n’y avait pas en face de hauts fonctionnaires de l’État volontaires ayant permis d’aller au-delà de la bureaucratie, de la torpeur de l’administration et des appréhensions vis-à-vis des initiatives civiles.

En vertu de ce partenariat contractualisé, Mme Najia Nadhir, une femme d’affaires issue de ladite région, injectera une enveloppe de 12 millions de dirhams pour la construction d’un lycée qualifiant, doté d’un internat. De quoi réchauffer le cœur de parents qui craignent pour leurs enfants, une fois loin de leurs yeux.

S’agissant de l’école primaire, un montant de 1 million de dirhams ira au remplacement de 3 salles de classes en préfabriqué, à la construction de nouvelles salles, de quatre blocs sanitaires, ainsi que à la restauration du mur de clôture et de la récréation. Une autre salle flambant neuve sera dédiée au préscolaire, dont l’accès est un prérequis pour l’avènement d’un enseignement équitable et la matérialisation de l’égalité des chances, parce que la crèche et la maternelle sont un luxe dans les campagnes.

L’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Casablanca-Settat, via la Direction provinciale de Settat, se chargera, de son côté, de la mobilisation des équipements nécessaires (matériel pédagogique, cuisine et internat), l’affectation des ressources humaines, l’octroi de bourses aux élèves pensionnaires, en plus du suivi de toutes les étapes de réalisation du projet.

Cette initiative ”devra inspirer les autres citoyennes et citoyens nantis, parce que cela équivaudrait à la construction d’une mosquée au vu de ses bienfaits pour la jeunesse, qui est la pierre angulaire et l’espoir de notre pays”, s’est félicité le gouverneur de Settat Khatib Lahbil, dont les services s’acquitteront des missions de facilitation et de coordination entre les acteurs impliqués et les bureaux d’études.

Il est connu que le décrochage scolaire, qui frappe surtout les élèves dans le monde rural, est l’une des principales tares du système d’éducation national, un point noir qui affecte sérieusement toutes les politiques publiques dans ce domaine, aussi volontaires et ambitieuses soient-elles, et pénalise le score du Maroc dans les classements mondiaux.

Pour remédier à cette situation, le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) estime que ”garder les apprenants à l’École le plus longtemps possible sur la base du mérite et des critères de la qualité est un facteur essentiel d’un enseignement équitable qui doit assurer l’achèvement des étapes d’apprentissage de l’enseignement obligatoire et qualifiant et leur couronnement par un diplôme”.

Et la recommandation n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Najia Nadhir, une femme animée de bons sentiments, ne supportait plus de voir les enfants de sa région, surtout les filles, abandonner leur scolarité à cause de l’absence d’un lycée. Au lieu de céder à la désolation, elle a pris son courage à deux mains pour les aider et leur donner une chance d’espérer.

Propulsée malgré elle au-devant de la scène, la philanthrope n’a rien perdu de sa spontanéité et de son authenticité devant les caméras, exposant dans des mots simples et clairs le fond de sa pensée, qui doit être celle de toute personne encore sensible à la misère des autres.

Elle ne veut plus que de jeunes filles soient exposées à la menace du viol, que des élèves parcourent 15 kilomètres pour étudier, que des adolescents s’adonnent à la drogue à cause de leur éloignement de la protection familiale. Elle a résumé sans trop de fioritures la problématique de l’enseignement dans le monde rural.

L’accès à l’enseignement reste la meilleure voie pour protéger les jeunes contre toutes les influences négatives, a-t-elle lancé, invitant tous ceux qui ont les moyens d’entreprendre des actions similaires, particulièrement dans le monde rural, en vue de remédier aux déficits en services publics.

Le Prophète Sidna Mohammed (P.S) a dit: «Quand le fils d’Adam meurt, son œuvre s’arrête sauf dans trois choses: Une aumône continue, une science dont les gens tirent profit ou un enfant pieux qui invoque pour lui». Après la mosquée, bien évidemment, la construction d’une école ou d’un hôpital est la meilleure des aumônes par les temps qui courent.

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