En Finlande, les ultranationalistes poussent le gouvernement au bord de l’abîme

En Finlande, les ultranationalistes poussent le gouvernement au bord de l’abîme

dimanche, 11 juin, 2017 à 13:24

                             .-Par Mohamed Bouhjar-.

Helsinki–L’élection de l’ultranationaliste Jussi Halla-aho à la tête du parti anti-immigration “Vrais Finlandais” a provoqué un véritable tollé en Finlande, poussant le gouvernement de centre-droite au bord de l’abîme.

Figure de proue de l’aile la plus radicale au sein de cette formation eurosceptique faisant partie de la majorité, M. Halla-aho a multiplié les promesses controversées allant du durcissement de la politique migratoire jusqu’à brandir la menace de faire sortir le pays de l’Union européenne.

“Nous devons aborder plus activement les sujets qui nous distinguent des autres partis”, a-t-il déclaré à la presse à l’issue du congrès des “Vrais Finlandais”, samedi dans la ville de Jyväskylä (centre-sud). 

Linguiste de profession, cet eurodéputé de 48 ans, déjà condamné pour des propos racistes, ne mâche pas ses mots. Il a, d’emblée, prévenu qu’il ne “s’accrocherait pas à tout prix” à la coalition de centre-droite au pouvoir, si celle-ci n’adopte pas une politique plus ferme sur le dossier migratoire.

De l’avis des observateurs, la rhétorique incendiaire adoptée par M. Halla-aho vise à redonner au parti son “poids électoral”, après avoir subi un revers sanglant aux élections municipales organisées en avril dernier, en obtenant seulement 8,8% des voix.

A l’épreuve du pouvoir, la formation nationaliste s’était rendue incontournable en devenant le deuxième parti au sein du parlement en 2015, en pleine crise migratoire.

Mais depuis qu’il a accepté d’assouplir ses positions anti-européennes pour intégrer la coalition pro-austérité, le parti et son ancien leader Timo Soini souffrent d’une dégringolade spectaculaire dans les sondages.

Dans la pire des hypothèses pour l’exécutif, ces positions pourraient entraîner la chute de la coalition regroupant les conservateurs du Rassemblement national et les centristes du Premier ministre Juha Sipila.  

Ce dernier n’a pas tardé à réagir aux exigences du nouveau leader des eurosceptiques. “Nous continuerons sans aucun doute à adhérer au programme gouvernemental. Je ne cèderai pas à aucun type de chantage”, a insisté le chef du gouvernement, qui devrait rencontrer lundi M. Halla-aho.

M. Sipila a exclu donc la possibilité d’une “renégociation” de la politique d’immigration ou toute autre question figurant au programme du gouvernement.

Plus ferme, le ministre des Finances et président du Rassemblement national (NCP), Petteri Orpo, a déclaré que sa formation devrait “examiner sérieusement” sa participation au sein d’un exécutif avec “un parti dirigé par une personnalité anti-immigration et eurosceptique comme Halla-aho”.

D’autant plus que le nouveau chef des “Vrais Finlandais” avait été condamné en 2012 par la Cour suprême à une amende pour des propos, tenus sur un blog, associant l’islam à la pédophilie et les Somaliens aux vols.

“C’est une question de principes, les mêmes principes sur lesquels notre programme gouvernemental est fondé”, a déclaré M. Orpo. “La Finlande est un pays ouvert et international, riche en langues et en cultures”, a-t-il martelé en faisant référence à l’une des clauses du programme de la majorité, mise en place en 2015.

Surfant sur la guerre des mots entre les partenaires à la coalition gouvernementale, l’Alliance de gauche (opposition) a appelé à une nouvelle élection législative anticipée.

“Sous la direction de Halla-aho, les Vrais Finlandais deviendra un parti conservateur de droite avec un programme clairement raciste”, a écrit sur Twitter le chef de l’Alliance, Li Andersson, qui se demande si le Centre et le Rassemblement national accepteront la nouvelle ligne dure des eurosceptiques.

Pour sa part, le parti populaire suédois s’est dit prêt à négocier une intégration au sein de la coalition gouvernementale si le parti nationaliste devait quitter l’équipe dirigeante.

“Ce serait un acte patriotique”, a déclaré Anna-Maja Henriksson, présidente de cette formation qui représente les intérêts de la minorité finlandaise suédophone.

En effet, le Centre et le NCP auraient besoin du Parti populaire suédois et des Démocrates chrétiens pour obtenir une majorité de 101 députés au Parlement.

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