Essaouira, un patrimoine architectural et civilisationnel en plein lifting

Essaouira, un patrimoine architectural et civilisationnel en plein lifting

mardi, 13 mars, 2018 à 11:28

Par : Samir Lotfy

Essaouira – Véritable cité chargée d’histoire et de spiritualité, Essaouira vit depuis des années déjà, aux rythmes et bruits ininterrompus de pioches et de pelleteuses, dans le cadre d’un programme de mise à niveau urbanistique de grande envergure, destiné à permettre à la ville de “renaitre” et surtout, de sauvegarder et préserver un cachet architectural et civilisationnel qui fait toute sa singularité et sa fierté.

Cet engagement sans faille des pouvoirs publics et des acteurs associatifs locaux de préserver, embellir et valoriser ce legs architectural, culturel et cultuel rarissime, intervient à point nommé car, la cité des Alizés, forte aussi de sa vocation d’espace du “vivre- ensemble” et du dialogue interreligieux, a été inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en décembre 2001.

Justement, cet engagement s’impose plus que jamais car, il s’agit en dernier lieu de sauvegarder mais aussi, de faire revivre cette cité riche en monuments historiques, lieux de culte et espaces conviviaux. Un projet judicieux et pertinent car, la ville de Mogador est porteuse d’une belle partie de l’identité nationale et de la mémoire collective du Maroc, ce Royaume si fier de ses longs siècles d’histoire et de civilisation plurielle et séculaire.

D’ailleurs, M. André Azoulay, Conseiller de SM le Roi et président- fondateur de l’association Essaouira Mogador, rappelle qu’à Essaouira, “nos vieilles pierres qui sont toujours si belles, sont porteuses de grandes histoires et nous les protégeons pas seulement, parce que c’est esthétique, mais parce qu’elles savent, elles aussi, nous raconter et nous dire des choses”, exprimant sa certitude que “ces vieilles belles pierres interpellent ceux qui viennent ici pour la première fois”.

La pertinence de ce grand chantier, outre ses aspects urbanistique, socioéconomique et environnemental, est de consolider à terme, la vocation de la ville d’Essaouira en tant qu’espace d’ouverture, de partage, de coexistence, comme en témoigne l’intérêt tout particulier accordé à la réhabilitation et à l’embellissement de plusieurs lieux de cultes tant musulmans que judaïques, notamment l’ouverture de la Synagogue “Slat Al Kahal” et l’ouverture prochaine de la Synagogue “Simon Attias” devant abriter le Centre de recherches “Haïm Zefrani” et “Bayet Dakira” (Maison de la Mémoire).

Toutefois, si le programme de mise à niveau architectural et urbanistique de la ville d’Essaouira a démarré il y a quelque années, avec plusieurs acteurs et départements engagés (ministère de l’intérieur, celui de la culture, le ministère des habous et affaires islamiques, le ministère de l’habitat et de la politique de la ville, la municipalité, le conseil de la région Marrakech-Safi), un passage à la vitesse grand dans l’exécution de cette feuille de route, a été observé ces derniers mois pour que ce projet ambitieux puisse aboutir.

En réalité, la préservation du cachet historique et civilisationnel d’Essaouira tout en la dotant d’équipements modernes et appropriées, porte sur la mise à niveau des infrastructures de base, le relookage du paysage urbain de la ville, la revalorisation du patrimoine culturel et civilisationnel, la préservation de l’environnement, le renforcement de la dynamique et de l’attractivité de la ville, et l’amélioration du cadre de vie des habitants.

Il s’agit des principaux objectifs autour desquels, a été concocté le programme de mise à niveau de la ville qui s’étend sur deux périodes (2010- 2014) et puis (2015-2018), a confié à la MAP, M. Hicham Jebbari, maire de la ville d’Essaouira, laissant savoir que la première phase avait porté sur la mise à niveau de la ville, pour un montant de 432 MDH, l’aménagement de la ceinture verte (15 MDH) et la protection de la ville contre les inondations (12 MDH).

Et de poursuivre que cette première tranche avait permis le renforcement du réseau d’assainissement, l’éclairage public, le revêtement des chemins piétons, l’aménagement des espaces verts, et la revalorisation de sites stratégiques, les deux entrées de la ville ainsi que des places publiques.

Dans la foulée, M. Hicham Jebbari, a relevé que la seconde phase de ce programme de développement et de modernisation d’Essaouira, qui s’étale sur la période 2015-2018, pour un coût global de 500 MDH, est aussi importante en ce sens, que pour la période 2015-2016, il a été procédé, dans le cadre d’une convention de partenariat et de coopération multipartite (ministères de l’intérieur, des habous et affaires islamiques, de l’habitat et de la politique de la ville, la province d’Essaouira, et le Conseil communal de la ville), à la mise à niveau du boulevard Mohammed V, de la Corniche de la ville, ainsi que des jardins jouxtant les remparts (152 MDH).

Cette convention porte sur la mise à niveau et la revalorisation des espaces séparant l’ancienne médina de la nouvelle ville, l’amélioration des espaces pédestres, la mise en œuvre d’un plan de ballade et de circulation, et la transformation du lieu public limitrophe des remparts en espace social, note M. Jebbari.

Il s’est par ailleurs, félicité du taux très avancé de réalisation des travaux, et de voir la cité des alizés se transformer en grand chantier à ciel ouvert, ce qui consolidera sans nul doute l’attractivité de la ville en tant que destination parmi les plus prisées à l’international.

M. Jebbari a expliqué, en outre, que dans le cadre de la 2è phase de ce programme, l’effort porte également sur la mise à niveau et la réhabilitation de l’ancienne médina (185 MDH), faisant savoir que ce chantier, objet d’une convention de partenariat multipartite, concerne le renforcement des infrastructures de base, la réfection des édifices menaçant ruine, des façades des anciennes bâtisses et des lieux de cultes (mosquée El Bouakhir, des confréries et de la synagogue Simon Attias), ainsi que la transformation de certains édifices en équipements de proximité.

Ce chantier s’assigne pour objectifs la reconsidération et la valorisation du patrimoine culturel et cultuel de la ville de Mogador, précise, de son côté, M. Tarik Othmani, adjoint du maire de la ville et président de l’association Essaouira-Mogador, notant que pour ce qui est du quartier emblématique “Mellah”, sa revalorisation et mise à niveau face au poids des années et des aléas climatiques (houles maritimes) peu cléments, a fait l’objet d’une convention de coopération multipartite entre le ministère de l’intérieur, le ministère de l’habitat et de la politique de la ville, le ministère de la culture, le Conseil de la région de Marrakech-Safi, la province et le conseil communal de la ville, pour un montant de 163 MDH.

La mise à niveau de ce quartier a forte portée historique et cultuelle pour la ville d’Essaouira porte sur la concrétisation sur le terrain, d’une série de projets liés au renouvellement des réseaux d’assainissement liquide et de l’eau potable, la rénovation du réseau d’éclairage public et des monuments du quartier, outre le réaménagement de la voirie et le revêtement des trottoirs, tient à préciser M. Othmani, laissant savoir que dans le cadre, de l’amélioration du cadre bâti de l’ancienne médina, notamment celui en état de dégradation, il a été procédé à la mise en œuvre urgente d’un programme de relogement des familles occupant des maisons menaçant ruines, outre un projet de restauration des bâtiments.

“La ville d’Essaouira est en train de se faire une peau neuve. Cela devra à terme booster plusieurs secteurs comme le tourisme, la culture, le sport et la pêche maritime si on doit rappeler que même le port de la ville connait des travaux pharaoniques d’extension”, s’est félicité M. Othmani, avant de relever que les travaux de réfection et de mise à niveau de l’ancienne médina se font dans le respect le plus “parfait” des matériaux, et des traits et spécificités architecturaux intrinsèques à ce legs historique et civilisationnel singulier.

M. Abdelfattah Ichkhakh, Conservateur de la Médina d’Essaouira (Direction provinciale du ministère de la Culture), a relevé, quant à lui, que le patrimoine architectural de la médina d’Essaouira est remarquable, notant que la Médina connaît actuellement une seconde naissance grâce à d’importants efforts déployés depuis une bonne décennie.

Et de poursuivre que “les études récentes démontrent que si la médina d’Essaouira n’occupe que le 1/10ème de la surface urbanisée, elle n’en concentre pas moins de 50% de la population de la ville, ce qui constitue un poids démographique important, avec toutes les conséquences qui en découlent, entre autres, la dégradation du bâti (70% du parc logements vétustes) se concentre en médina, un taux d’occupation des logements très élevé, une forte densité par rapport au reste de la ville, et sous équipement manifeste des logements, notant que face à cette situation, la réfection de la médina est devenue un impératif majeur.

Pour M. Ichkhakh, la stratégie mise en œuvre est basée sur une approche horizontale assurant une convergence des multiples interventions, et associant les dimensions urbanistique, environnementale, économique, culturelle et de développement humain pour assurer une croissance harmonieuse de ce Centre du littoral atlantique, qui connaît un développement rapide, une pression sociale et des déficiences sur plusieurs plans.

Et d’ajouter que “la mise en œuvre du programme de gestion et de valorisation du patrimoine culturel de la médina d’Essaouira est l’occasion de développer un ensemble de qualifications nécessaires à la réalisation d’opérations ayant pour objectif de répondre aux besoins de la population en équipements et infrastructures de qualité et de proximité”.

In fine, le grand chantier de valorisation et de mise à niveau urbanistique et architectural de la cité des Alizés incarne en soi, une méthode novatrice de gouvernance et de gestion concertée qui, de par ses effets positifs inscrits dans la durabilité à terme, demeure porteur d’espoir pour les habitants et les visiteurs de la cité des alizés mais aussi, un garant d’une nouvelle résurgence de la médina.

 

 

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