Législatives en Autriche : inquiétudes autour d’une islamisation de la société autrichienne

Législatives en Autriche : inquiétudes autour d’une islamisation de la société autrichienne

jeudi, 12 octobre, 2017 à 11:45

(Par Rachid Sami)

Vienne  – Dans cette ligne droite avant l’ouverture dimanche des bureaux de vote pour élire un nouveau parlement autrichien, un an plus tôt que prévu à cause d’insurmontables divergences entre les composantes de la coalition gouvernementale, les principaux dirigeants des partis politiques multiplient les meetings et les débats. Mais, au-delà des programmes proposés, il est à remarquer que la problématique migratoire et aussi la place des musulmans et de l’islam dans le pays occupent une large partie dans les discours.

Nombreux sont, en effet, les candidats et les dirigeants politiques qui redoutent publiquement une islamisation de la société autrichienne, surtout depuis la déferlante des réfugiés en 2015 et aussi la menace terroriste permanente dans une Europe de plus en plus méfiante vis-à-vis de la communauté musulmane. Environ 600.000 musulmans en Autriche.

Preuve, ce sondage réalisé par le Think tank Britannique Chatham House (Institut Royal des Affaires Internationales) qui a révélé que 65 pc des Autrichiens veulent une interdiction de l’immigration venant des pays musulmans, soit la plus forte opposition après celle exprimée par les Polonais (71 pc).

Se positionnant désormais dans les sondages comme la deuxième force politique après les conservateurs de l’ÖVP, le parti populaire dirigé par l’actuel chef la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz, et devançant les sociaux démocrates (SPÖ) du chancelier sortant, Christian Kern, le parti d’extrême droite (FPÖ-parti de la liberté) ne cesse de mettre en garde contre la menace d’une islamisation de la société autrichienne.

Boosté par les sondages qui le créditent de 27 pc d’intentions de vote derrière l’ÖVP en tête avec 33 pc et devançant le SPÖ (23 pc), ce parti promeut ouvertement des thèses ethnicistes. Son leader, Heinz-Christian Strache, issu de la très radicale fédération de Vienne du parti, ne cesse, en effet, d’attiser les peurs et le repli identitaire, mettant en garde contre une invasion massive des migrants musulmans.

Il déclare que ‘’l’islam n’a pas sa place en Autriche’’, réclamant la création d’un ministère dédié à la protection de la patrie et la culture chrétienne. Il remet aussi en cause la politique d’intégration autrichienne et préconise de cesser de verser de prestations sociales aux migrants.

Un avis partagé dans une moindre mesure par le chef de l’ÖVP, archi-favori de la chancellerie, Sebastain Kurz qui a déclaré en septembre dernier qu’il fallait réduire et plafonner les allocations versées aux migrants.

‘’Nous devons protéger notre système social sur le long terme. Pour y parvenir, nous devons le préserver d’une montée de l’immigration’’, s’était-il alarmé.

Son projet prévoit de réduire à 560 euros le montant mensuel versé à un réfugié, soit la moitié d’un revenu inférieur au seuil de la pauvreté. Les versements par foyer seraient plafonnés à 1.500 euros. Il a également évoqué la possibilité de fermer les jardins d’enfants islamiques pour lutter contre le radicalisme religieux. Ce qui a fait réagir le chancelier social-démocrate, Christian Kern, en affirmant que l’islam ne doit pas être exploité à des fins électorales.

Dans l’une de ses affiches électorales, le FPÖ appelle à stopper la vague de l’islamisation avec en arrière plan une photo en noir et blanc du tout nouveau leader de l’ÖVP, défendant la même option. Une manière de dire que le parti conservateur ÖVP est en passe de gagner les élections en plagiant son programme.

Cela dit, les problématiques de la migration et de la radicalisation islamiste ne sont pas uniquement exploitées par les conservateurs et les nationalistes car les sociaux-démocrates, en difficulté dans les sondages, expriment aussi leur inquiétude, mais dans un discours modéré.

Dans un commentaire, le journal ‘’Kurier’’ se demande déjà quelle influence l’extrême-droite exercerait sur la politique autrichienne s’il forme une coalition avec la droite.

‘’Le chef de file du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, exige le ministère de l’intérieur et la tenue de référendums réguliers, y compris sur une sortie du pays de l’Union européenne, perspective qu’il affirme ne pas désirer personnellement. Pas étonnant que le leader de l’ÖVP, Sebastian Kurz, se soit mis récemment à parler davantage de l’Europe’’, note le journal, relevant qu’il s’agit en l’espèce d’un signal clair envoyé à l’Europe et à l’économie autrichienne.

‘’Le FPÖ est neutre sur le plan de la politique étrangère, même vis-à-vis de la Russie, qui est engagée militairement en Ukraine. Ceci suscitera des discussions au sein de l’UE. Le FPÖ réclame des allègements fiscaux, à l’instar des autres partis. Et sur la question migratoire, il n’y a plus grand-chose qui sépare encore l’ÖVP du FPÖ. La seule inconnue qui subsiste, c’est de savoir dans quelle mesure Strache saura contenir l’aile la plus radicale de son parti’’, relève ce journal libéral.

Une analyse qui résume les enjeux de cette élection qui risque de rapprocher encore davantage l’Autriche de ses voisins de l’Europe orientale où le populisme gagne de plus en plus du terrain. Au grand dam de la communauté musulmane qui redoute le pire, le triomphe du populisme et la montée de l’islamophobie.

D’ailleurs, le chef du FPÖ s’est déclaré lors d’un débat en faveur d’un rapprochement de Vienne avec les pays d’Europe centrale membres du groupe de Visegrad qui sont farouchement hostiles à la politique migratoire proposée par Bruxelles. Ce groupe est également en conflit avec Bruxelles sur les délégations de souveraineté au profit des institutions européennes et la conception de l’Etat de droit.

 

 

 

 

 

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