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L’art culinaire marocain entre souci de valorisation et risque d’aliénation

L’art culinaire marocain entre souci de valorisation et risque d’aliénation

mercredi, 23 septembre, 2020 à 12:16

-Par : Nezha BOULENDA-

Casablanca – Avec le foisonnement des chaînes de télévision spécialisées et des apprentis-sorciers sur divers supports numériques, la gastronomie marocaine, dont la renommée s’étend au-delà des frontières de par la qualité légendaire de ses mets, se trouve confrontée à un défi de taille consistant en la préservation de son cachet authentique et la lutte contre les risques d’aliénation identitaire, tout en s’ouvrant positivement sur les influences venues d’ailleurs et pouvant enrichir ce précieux patrimoine.

L’évolution du contexte sociétal marocain, les contraintes de la vie quotidienne, l’implémentation accrue de cultures étrangères au milieu des nouvelles générations favorisée par la révolution technologique ont largement contribué aux profondes mutations que connaît le régime alimentaire d’importants pans de la société et mis en péril un héritage millénaire, quand bien même les Marocains ont su, à travers les âges, apprivoiser tout ce qui vient de terres inconnues.

La gastronomie marocaine, une des plus prestigieuses au monde, a démontré perpétuellement une insoupçonnable force de résilience, du fait qu’elle puise ses fondements dans les apports et les améliorations successifs impulsés par les différentes civilisations passées par le Royaume et qui ont, chacune à sa manière, transformé les habitudes alimentaires et le mode de vie des autochtones.

De l’avis du chercheur spécialisé Hicham Lahrach, les Marocains sont appelés à creuser dans le legs culinaire national pour en pénétrer les secrets et l’immuniser contre les tentatives d’acculturation, en ce sens que des manuscrits datant des époques Almohade et Mérinide ont attesté de la capacité de la gastronomie marocaine à intégrer et à s’adapter aux influences d’autres civilisations, depuis les origines babyloniennes, en passant par l’ère gréco-romaine, ensuite phénicienne, pour en arriver à la culture arabo-musulmane.

La terre du Maroc et de l’Andalousie a constitué un trait d’union entre les civilisations du Vieux monde dominé par les peuples de la Méditerranée, ce qui explique en grande partie le raffinement et le goût élevé des mets et des saveurs de la gastronomie nationale, a expliqué M. Lahrach dans une déclaration à la MAP.

Au moment où plusieurs autres peuples ont négligé une bonne partie de leur histoire culinaire, les Marocains ont pu préserver ce patrimoine, en ont fait une richesse immatérielle et s’emploient continuellement à son développement et à pérennisation au profit des futures générations, d’autre que l’art culinaire est un trésor culturel pouvant être mis à profit pour faire connaitre la civilisation marocaine authentique, a-t-il poursuivi.

Dans le même ordre d’idées, le PDG du groupe “Newrest Rahal” et fin connaisseur des arcanes de cet héritage, Karim Rahhal, a relevé que la gastronomie marocaine est “une marque déposée classée parmi les meilleures au monde, grâce aux contributions des différents groupes ethniques ayant peuplé cette terre, notamment romains, amazighs, arabes et juifs”.

C’est pourquoi l’art culinaire marocain “est tout naturellement l’objet de rivalité et de concurrence” sur la scène mondiale, a-t-il lancé, assurant que son groupe œuvre inlassablement pour en faire la promotion dans les forums internationaux et dans les concours auxquels il participe à l’étranger, avec à la clef de nombreux prix d’excellence et l’admiration du public et des spécialistes.

Il a fait remarquer que les plats marocains sont conçus pour être servis dans un cadre familial ou dans les occasions sociales, mais ils le sont un peu moins en ce qui concerne la restauration rapide, notant que son groupe a développé ses produits de manière à préserver son authenticité et ses saveurs originelles, en optant pour la modélisation pour garantir une meilleure qualité du produit, en tout temps et lieu.

La gastronomie marocaine se distingue par ses mets variés à riche valeur nutritionnelle, a, de son côté, souligné le nutritionniste Nabil El Ayachi, relevant que ce régime alimentaire se démarque exclusivement par ses constituants et ingrédients complémentaires.

Grâce à la diversité géographique et culturelle du Maroc, le régime alimentaire propose des recettes variées propres à chaque région, précisant que cette diversité lui donne une importante valeur ajoutée, que ce soit au niveau des composantes ou des techniques de cuisson, a-t-il signalé.

La plupart des repas préparés, que ce soit le pain complet ou d’orge, la soupe (harira), couscous ou tajine, renferment des composantes nutritionnelles nécessaires pour une diète saine et équilibrée, en termes de protéines, de vitamines et de fibres, en privilégiant la consommation de légumes et moins de viandes, conformément aux recommandations de l’OMS.

Il a cependant déploré la grande place prise par certaines habitudes importées de l’étranger (fast-food), au détriment d’un régime alimentaire bénéfique à la santé en procurant une bonne immunité du corps contre plusieurs maladies cardiovasculaires, digestives, cancéreuses, outre le cholestérol.

Pour ce qui est des mutations sociales et leur rapport avec le changement des habitudes alimentaires des Marocains, le professeur de sociologie à l’université Mohammed V de Rabat, Said Bennis, souligne que l’ère numérique a grandement contribué à ces transformations, avec l’émergence de nouvelles recettes étrangères à notre culture culinaire qui tentent différentes catégories d’âge.

Une telle attitude trouve son explication par le coût financier qui détermine le choix du plat à consommer, car, selon lui, la rapidité de préparation et la proximité sont des facteurs importants pour le consommateur, observant que cette mutation sociale a poussé les Marocains de passer d’une société renfermée à une autre plus ouverte sur le monde extérieur.

M. Bennis a fait observer que certaines spécialités ayant fait les beaux jours de la restauration rapide sont préparés désormais à domicile par les familles et reviennent, de ce fait, beaucoup moins chers, en particulier après que plusieurs établissements scolaires adoptent l’horaire continu, donnant ainsi la possibilité aux parents d’offrir à leurs enfants des sandwichs bien à leur goût.

D’après le même chercheur, le changement des habitudes alimentaires au sein de la société marocaine a donné lieu à une sorte d’exotisme culinaire dans la cuisine marocaine, ce qui pose des interrogations sur la gestion de la culture alimentaire, notamment pour les enfants qui ont besoin de repas à haute valeur nutritive.

Il a, par ailleurs, souligné la nécessité de mener une enquête nationale dans ce contexte, sous l’égide des ministères de la santé et de l’éducation nationale, par des chercheurs multidisciplinaires pour la préservation du patrimoine culinaire marocain, outre l’organisation de campagnes de sensibilisation dans ce cadre à l’intérieur des établissements scolaires, dans le but d’inculquer aux élèves le sentiment d’appartenance nationale.

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