Forum mondial des droits de l’Homme : trois questions à Fernanda Gil Lozano, directrice exécutive du Centre international pour la promotion des droits de l’homme-UNESCO

Forum mondial des droits de l’Homme : trois questions à Fernanda Gil Lozano, directrice exécutive du Centre international pour la promotion des droits de l’homme-UNESCO

dimanche, 19 mars, 2023 à 13:44

Buenos Aires – La 3ème édition du Forum mondial des droits de l’Homme (FMDH) est organisée par le Centre international pour la promotion des droits de l’homme (CIPDH) de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture).

Sa présidente, Fernanda Gil Lozano, cheville ouvrière du Forum, expose les principaux enjeux de ce conclave et livre son analyse de la situation actuelle des droits de l’Homme dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique Latine.

Voici trois questions à Fernanda Gil Lozano :

En Argentine, les discussions prévues dans le cadre du FMDH devraient se concentrer sur les questions d’égalité et de justice dans le monde, les défis environnementaux, la migration, le genre, l’accès à la justice et la traite des êtres humains. Ce sont des questions qui occupent les débats en Argentine depuis des années. En quelques mots, quelle sera la contribution de l’Argentine sur chacun de ces défis ?

Lundi, nous allons inaugurer un événement international auquel participeront 98 pays.

Pour nous, c’est un honneur de pouvoir réfléchir ensemble et partager des expériences sur des questions telles que la migration, l’égalité et l’équité. Des questions liées à l’amélioration de la qualité de vie sur notre planète.

L’Argentine a été une étape importante au cours des 20 dernières années. Au niveau de la législation, nous avons toujours été un pays pionnier dans l’extension des droits, dans l’amélioration de la qualité de vie et, surtout, dans les débats liés à la circulation de nos peuples.

Au cours des dernières années, la région latino-américaine a été très affectée par le fait que de nombreuses personnes ont dû quitter leur lieu de vie, notamment en raison de problèmes économiques, de la fermeture d’entreprises mondiales et du changement climatique.

Les peuples originaires de notre région sont très attachés à leur habitat, à leur rivière, à leurs arbres, à tout ce qui les entoure, et malheureusement, pour des raisons de survie, ils ont souvent été contraints de partir. Ce n’était pas la volonté des gens, mais souvent les gouvernements et les entreprises développent des projets économiques qui les amènent à déplacer de nombreuses personnes.

C’est l’une des expériences honteuses que nous vivons dans la région.

En Argentine, nous disposons d’une législation très généreuse, car nous avons connu une immigration très forte depuis le début du XXe siècle. Tous les gens qui ont été expulsés, qui n’ont pas participé au processus d’industrialisation, sont venus en Argentine, principalement des Italiens et des Espagnols, mais aussi des autres régions d’Europe. Nous avons donc élaboré une législation qui intègre tous les peuples. Ce n’est pas ce qui se passe dans toute la région, et nous essayons de diffuser ce que nous avons fait pour que les habitants de la planète puissent vivre mieux, pas seulement les Argentins, et aussi pour voir comment les gouvernements peuvent gérer les ressources et faire en sorte que tous les êtres humains trouvent un endroit où ils peuvent s’épanouir.

Le Maroc vient d’accueillir un Pré-Forum sur les droits de l’homme à la veille du Forum de Buenos Aires, quelles sont les recommandations les plus pertinentes du Pré-Forum de Rabat qui seront incluses dans les débats prévus en Argentine ?

Le dernier forum que nous avons organisé dans la ville de Rabat était une belle opportunité , parce que le Maroc avait abrité le Forum mondial sur les droits de l’homme à Marrakech. Cette fois-ci, le Maroc nous a donnés la possibilité de discuter avec 32 nations africaines, qui ont été invitées à ce Pré-Forum, et il est clair que le grand problème dont souffre toute la région africaine est la question de la migration.

Je n’aime pas parler de problème parce qu’en réalité, les gens devraient avoir le droit de se déplacer dans le monde sans demander autant de permissions, mais malheureusement, cette mobilité des personnes, nous devons encore la voir et l’organiser comme un problème lorsque nous discutons de notre vie sur la planète.

Il est regrettable qu’en général, les capitaux puissent circuler librement dans le monde entier et que les gens aient toujours une assignation à la terre.

A Rabat, nous avons pu discuter de deux axes. Le premier est relatif à la justice transitionnelle et la condamnation des coupables, une expérience que nous avons vécue en Argentine. Il est vrai que chaque peuple choisit sa propre voie de pacification, d’amélioration de la qualité de vie et de résolution des problèmes politiques. Mais l’axe qui a vraiment rassemblé tous les peuples d’Afrique était lié à la migration, un sujet que se partagent l’Afrique et la région latino-américaine.

Les différents représentants européens appréhendent ce sujet d’un autre point de vue, et se demandent s’il s’agit également d’un problème et s’il faut l’analyser comme tel. Je pense que l’une des meilleures propositions que nous ayons faites était que nous ne devrions pas considérer cela comme un problème, mais plutôt que la circulation des personnes devrait être considérée comme un droit.

En Afrique comme en Amérique latine, la question des migrations a récemment refait surface en tant que droit fondamental. Quels arguments l’Argentine a-t-elle développé pour défendre ce droit devant le Forum mondial ?

Comme je l’ai déjà dit, l’Argentine a une longue expérience en tant que pays d’accueil pour différents peuples du monde entier. Nous avons réussi à faire coexister pacifiquement des cultures et des religions différentes.

Nous avons même un Argentin dans le monde, Barenboim, un grand musicien qui a mis sur pied un orchestre composé de jeunes musiciens, de jeunes Israéliens et des musiciens d’autres pays du Moyen-Orient, comme les Palestiniens. Malgré la situation géopolitique, lorsqu’il s’agit de faire de la musique, ces personnes peuvent toutes être ensemble.

Je donne toujours cet exemple, tout d’abord parce que Barenboim est né et a grandi dans mon quartier, à Balvanera, une zone commerciale qui abrite de nombreuses cultures du Moyen-Orient, comme nous l’appelons ici, et qui a donc toujours été pour nous un exemple de coexistence : tout au long de l’année, nous assistons aux différentes célébrations des différentes religions.

Il y a beaucoup de questions à discuter et nous savons à quel point cet échange a été important et la possibilité pour des personnes de différentes parties du monde de se réunir et de vivre ensemble dans la paix. C’est possible, ce n’est pas une utopie. Nous savons que cela peut être améliorer et nous pensons que l’Argentine a réussi à rapprocher tant de personnes issues de peuples en conflit dans leurs pays respectifs.

Nous avons une expérience importante en matière d’intégration, et nous avons développé de nombreux programmes dans les écoles qui ont été renforcés par des concepts tels que la non-discrimination. Aujourd’hui, après tant d’années, nous disposons d’expériences sur la manière de mieux intégrer les différentes cultures et nous savons que toutes les personnes sont égales. Ce que nous ne voulons pas, c’est que certaines personnes soient plus égales que d’autres. Je pense que c’est là le secret : avoir l’esprit ouvert, faire de la place pour tout le monde et être conscient que toutes les personnes ont droit à une vie digne.

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