Quatre questions à Marc Vanheukelen, premier ambassadeur de l’Union européenne pour le climat

Quatre questions à Marc Vanheukelen, premier ambassadeur de l’Union européenne pour le climat

jeudi, 17 décembre, 2020 à 11:44

Bruxelles – L’Union européenne et le Maroc, forts d’une relation multidimensionnelle ancienne et renforcée, ont mis en exergue dans leur Déclaration conjointe adoptée à l’occasion de la 14ème session du Conseil d’Association en juin 2019, la lutte contre le changement climatique comme l’un des axes fondamentaux de leur “Partenariat euro-marocain de prospérité partagée”.

Dans sa première interview à un média du voisinage sud, Marc Vanheukelen, ambassadeur de l’Union européenne pour le climat livre à la MAP et à la chaîne TV M24, ses impressions sur les efforts du Maroc en matière d’atteinte des objectifs climatiques et de production des énergies renouvelables.

Dans le contexte de la célébration, en cette fin d’année, du 5ème anniversaire de l’Accord de Paris, ce premier ambassadeur de l’UE pour le climat, dont la mission est de convaincre les partenaires étrangers de s’engager dans le combat contre le changement climatique, partage aussi sa réflexion sur l’ambition fixée par l’UE d’ici à 2030, puis à 2050 pour un continent climatiquement neutre.
Q: L’Union européenne est un acteur engagé dans le climat. A travers votre nomination, une première dans l’histoire européenne, elle donne un signal fort de cet engagement. En quoi consiste votre mission dans ce cadre ?

L’Union européenne est certes à l’avant-garde du combat contre le changement climatique mais finalement nous ne représentons qu’entre 8 et 9 pc des émissions globales. Même si l’Union européenne fait le nécessaire et devient neutre en termes d’émissions en 2050 comme prévu dans les objectifs, nous n’allons pas sauver la planète seuls. Il faut que les autres grands émetteurs significatifs contribuent et augmentent leurs efforts. Ceci requiert une démarche généralisée vers les autres. C’est justement le rôle de la diplomatie climatique. Il s’agit de persuader les autres à faire plus, de les convaincre que ce n’est pas seulement dans leur intérêt de sauver le climat, qui est une sorte de bien commun pour nous tous, mais que la transition nécessaire est faisable et elle ne coutera pas grand-chose pour ne pas dire rien du tout. La diplomatie climatique consiste à essayer d’avoir le maximum de pays qui partagent la même ambition et s’inscrivent dans la même série d’efforts.

Q : Pensez-vous que les pays européens sont suffisamment prêts pour atteindre les objectifs de rendre l’UE climatiquement neutre en 2050 ?

Le sommet européen de la semaine dernière vient d’approuver le but d’arriver à une réduction d’au moins 55 % des émissions des gaz à effet de serre d’ici à 2030. Il s’agit d’un pas extrêmement important dans la réalisation de l’objectif à plus long terme de 2050 qui est de devenir le premier continent climatiquement neutre. Nous avons donc deux objectifs 2030 et 2050. Naturellement se fixer des objectifs c’est le premier pas. Le deuxième pas, qui est plus concret mais aussi plus pénible, c’est de mettre en œuvre cette stratégie. Cela sera fait par le biais de deux grands axes : Le 1er est la promulgation d’une loi climatique qui devrait être votée par le Parlement européen dans un avenir très proche. Il s’agit d’un instrument contraignant doté d’un mécanisme d’ajustement automatique tous les cinq ans. C’est-à-dire, si nous nous éloignons de la trajectoire nécessaire pour arriver à 2050, tous les cinq ans il y aura une révision de nos objectifs intermédiaires. C’est un instrument qui permet de rester sur le bon chemin. En juin prochain, la Commission européenne sortira avec une grande série de propositions législatives concrètes dans une panoplie de domaines justement pour arriver à cet objectif de 2030.

Cet objectif sera ambitieux et exigera du courage et une mobilisation générale. Nous avons pu franchir le cap de 20%, 25 % entre 1990 et 2020, c’est à dire en 30 ans. Il y a maintenant devant nous une nouvelle période de 30 ans pour arriver à zéro %. On voit déjà la taille du défi. Nous devons maintenant faire en sorte qu’on soit capable en 2030 d’arriver déjà à moins 55 %. Pour cela, il va y avoir des révisions législatives par exemple en matière de rénovation des bâtiments, une plus grande part des énergies renouvelables dans la production d’électricité; une percée du transport basé sur les véhicules à émission zéro etc. Une grande série de mesures, qui espérons le, vont devenir loi en 2022 au plus tard. De l’autre côté, avec la crise du Covid -19, nous savons que nous devons relancer l’économie. C’est ce qu’on appelle le “Green Recovering” (la relance verte). Si les gouvernements doivent mettre sur les rails un programme vaste de relance économique, il est important que nous faisons le nécessaire pour que ça soit l’économie de l’avenir et non pas l’économie du passé.

30 % du budget de la relance sera consacré à des programmes qui ont un lien étroit avec le changement climatique. Avec des mesures budgétaires et réglementaires nous espérons qu’on va réaliser l’ambition qu’on s’est fixée.

Q: Quel regard portez-vous sur les efforts du Maroc en matière des énergies renouvelables et ses performances en matière du climat ?

Nous considérons le Maroc comme un très bon élève de la classe. Le Maroc est pour nous et pourrait encore le devenir plus, un pays phare surtout pour le continent africain.

Votre pays a bien compris les enjeux environnementaux et économiques du combat contre les changements climatiques. Il a joué un rôle important proactif dans les débats internationaux, en organisant par exemple deux cop des 25 qui ont déjà eu lieu. Le Maroc est un précurseur en matière des énergies renouvelables. Il a fait déjà de très bons efforts en matière éolienne et solaire. Bien sûr, il y a des défis encore à relever, mais votre pays s’est fixé des objectifs ambitieux pour 2030. Je crois que vous êtes sur le bon chemin.

Q : Quelle évaluation faites-vous du partenariat entre le Maroc et l’UE dans le domaine du climat ?

Le Maroc pourrait devenir un grand partenaire de l’Europe et un grand acteur en matière d’énergies renouvelables également dans le développement futur de l’hydrogène. Le Royaume a déjà avec l’Espagne une liaison d’électricité. Vous êtes un exportateur de l’électricité vers l’Union européenne. Je crois que ceci pourrait se développer encore davantage et un partenariat en matière de développement durable entre le Maroc et l’Union européenne pourrait bien se dessiner.

Naturellement il y a encore de grandes tâches à accomplir, mais on partage beaucoup d’ambitions. Il faut mettre en commun les expériences et les savoir-faire. Comme ça l’Europe et le Maroc pourront avoir une collaboration gagnant-gagnant.

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