L’anthropologue Faouzi Skalli appelle à la création d’une université de la culture soufie

L’anthropologue Faouzi Skalli appelle à la création d’une université de la culture soufie

vendredi, 13 octobre, 2017 à 11:23

Propos recueillis par Morad KHANCHOULI

Fès – ‘’Créer une université du soufisme dont la mission serait d’enseigner toute la beauté et la richesse du patrimoine soufi’’ : C’est l’appel lancé par l’anthropologue Faouzi Skalli, président du festival de Fès de la culture soufie, dont la 10-ème édition s’ouvrira ce samedi.

‘’Il faut envisager de créer une sorte d’université de la culture du soufisme pour que les gens puissent prendre conscience de la richesse de ce patrimoine, qui est l’un des plus importants au monde, quoiqu’il n’est pas envisagé en tant que tel’’, a plaidé M. Skalli, dans un entretien à la MAP.

Mettant en lumière quelques-uns des aspects de cette culture, l’écrivain a insisté sur l’importance d’’’enseigner ce que pourrait être le renouveau de la civilisation de l’islam, à travers les ressources et les inspirations spirituelles du soufisme’’.

‘’Il est absolument important, à une époque où on veut réduire parfois la religion à une expression monolithique, rigide et formaliste, de se rendre compte de ce qu’a produit cette civilisation en termes de poésie, de pensée, d’art et de spiritualité’’, a-t-il poursuivi.

L’idée est d’autant plus importante que le Maroc constitue ‘’un terreau particulièrement riche et fécond de cette culture soufie’’, a-t-il fait remarquer, mettant l’accent sur des traits de cet ‘’Islam marocain’’, basé sur les questions d’’’éthique, de comportement, de spiritualité, de valeurs, de liaison sociale, de richesse des relations humaines’’.

‘’Même si l’islam est un, il s’exprime de façons multiples qui font partie de sa richesse intrinsèque’’, a-t-il tenu à expliquer.

Et d’ajouter que le Royaume a ‘’toujours voulu mettre en avant, par son histoire, son identité culturelle et l’esprit qui a présidé à la forme de civilisation qui y a été développée, la nécessité de relation interculturelle, intercivilisationnelle, interreligieuse’’.

Il ne faut pas oublier, a-t-il relevé, que le Maroc est ‘’le véritable dépositaire de cet esprit de l’Andalousie ancienne de tous points de vue : historique, géographique, culturel et civilisationnel’’.

Cela fait donc, selon lui, que le Maroc a un ‘’rôle à jouer par rapport à la façon qu’on doit apercevoir ce qu’est sa civilisation de l’islam et ce que sont les valeurs qu’elle porte en elle’’.

A ses yeux, il est temps aujourd’hui de ‘’revenir à un islam de civilisation, de culture, car nous savons que la perception de l’islam, et tout ce qui s’interprète en son nom, constitue l’une des problématiques les plus importantes pour notre époque pour l’ensemble de la planète, et que le fait de mettre en avant cet islam de civilisation de sagesse s’avère une nécessité fondamentale’’.

Pour Faouzi Skalli, “si nous sommes aujourd’hui en mesure d’entreprendre ce travail au Maroc, c’est que le Royaume a cette structure qui le permet et que c’est le message porté par SM le Roi Mohammed VI, Commandeur des Croyants, d’une façon permanente’’.

   Braquant les feux de la rampe sur cette 10-ème édition, le président du festival a expliqué que cet évènement a la particularité cette année de ‘’marquer un retour en arrière, de s’interroger sur sa raison d’être’’. C’est aussi, selon lui, une édition-étape qui permet en quelque sorte de passer à travers les éditions précédentes, qui avaient déjà jeté la lumière sur la richesse et la diversité des cultures soufies.

Cette édition, placée sous le thème ‘’le soufisme à la rencontre des sagesses du monde : la route du soufisme du Maroc vers l’inde’’, offre aussi, a-t-il ajouté, l’occasion de souligner le rôle du festival dans la consécration du positionnement du Maroc dans le dialogue civilisationnel et culturel, car le soufisme ‘’porte en lui ce potentiel de valeurs, de reconnaissance de l’autre, de l’altérité, du respect de la diversité’’.

‘’C’est tout à fait extraordinaire ce que cette culture, qui est au cœur de notre civilisation et de notre religion, a fait valoir, à travers sa littérature et sa pensée, cette dimension de la reconnaissance de la diversité humaine’’, a-t-il soutenu.

Et les organisateurs ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Pour Faouzi Skalli, faire de cette tradition de soufisme au Maroc un vecteur de diplomatie culturelle s’avère ‘’très important’’. Il a rappelé à cet effet le succès qu’a connue la première édition du Festival de Fès de la Culture Soufie à Berlin, organisée en août 2015.

‘’Nous avons des sollicitations de partout : de l’institut des cultures de l’islam à Paris, de Rome, des Etats-Unis et d’Afrique, spécialement de Dakar où il y a une demande tout à fait concrète’’, a-t-il fait savoir, se réjouissant de cette ‘’possibilité de faire voyager cet esprit du soufisme que les gens reconnaissent et aiment dans notre pays’’.

Revenant sur le programme de cette édition, M. Skalli a fait savoir que le festival offrira, à l’instar des éditions précédentes, une plate-forme d’expression aux artistes qui se sont engagés dans une démarche spirituelle, de manière à enrichir la créativité artistique et intellectuelle, prospecter des arts et des projets culturels et sociaux nouveaux qui œuvrent pour le dialogue interculturel, le développement humain et civilisationnel.

A travers des tables-rondes, des récitals poétiques et des concerts, mariant émotion spirituelle et esthétique, art, musique et pensée, le festival promet d’emporter le public dans un voyage fait de convivialité et d’allégresse spirituelle, a-t-il indiqué.

Et de conclure que c’est bel et bien d’une expérience holistique, dont il s’agit, car ‘’en matière de soufisme, nous ne sommes pas dans l’archéologie, mais dans une pensée vivante qui peut devenir l’humus sur lequel peut pousser une nouvelle créativité (art, calligraphie, chant et poésie)”.

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