Avec l’accentuation de la crise financière, l’Argentine est-elle à nouveau entrée dans le cycle vicieux des incertitudes politiques et économiques?

Avec l’accentuation de la crise financière, l’Argentine est-elle à nouveau entrée dans le cycle vicieux des incertitudes politiques et économiques?

lundi, 19 août, 2019 à 23:56

– Par Hicham LAKHAL
Buenos Aires – Avec une défaite sévère pour la coalition au pouvoir en Argentine, des turbulences sur les marchés financiers et un effondrement de la valeur du peso national, suivis de manifestations dans les rues de Buenos Aires, de la démission du ministre des Finances et la dégradation par les agences Fitch et S&P de la note de la dette souveraine, le tout en une semaine, une question se pose désormais avec acuité: l’Argentine est-elle à nouveau entrée dans le cycle vicieux des incertitudes politiques et économiques?
Au cours de la semaine écoulée, le pays sud-américain a traversé des jours difficiles, rappelant le spectre des crises précédentes lorsque l’Argentine était en défaut de paiement, alors que l’économie agonisante ne réussit pas à décoller malgré les multiples tentatives de l’Exécutif piloté par le libéral Mauricio Macri.
Le point de départ de cette nouvelle crise, que même le plus pessimiste des analystes n’osait envisager, a été la victoire du candidat péroniste Alberto Fernandez lors des primaires organisées en prélude aux générales et à la présidentielle d’octobre prochain avec un écart de 15 points sur le président sortant Mauricio Macri, en course pour un deuxième mandat à la tête de la deuxième économie du continent sud-américain.
Si les primaires sont un exercice démocratique organisé en Argentine depuis 2009 pour sélectionner des candidats pouvant obtenir au moins 1,5% des suffrages, ces élections sont également considérées comme une répétition générale et un sondage grandeur nature qui a démontré le degré élevé d’insatisfaction à l’égard des réalisations du gouvernement du président Mauricio Macri, battu sèchement par M. Fernandez et sa colistière Cristina Fernandez de Kirchner, l’ancienne présidente du pays.
De nombreux observateurs ont estimé que le scrutin a était “un vote sanction” pour de nombreux Argentins qui ont exprimé leur insatisfaction des politiques de M. Macri auquel ils reprochent de ne pas avoir réussi à sortir le pays du marasme de la crise qui s’aggrave de mois en mois, mettant à rude épreuve le pouvoir d’achat des citoyens broyés sous les effets d’une inflation croissante alors que le pays est étroitement liés à la devise américaine.
Lundi dernier, au lendemain des primaires, le peso argentin s’est effondré de plus de 18%, “une journée noire” ayant enregistré la pire chute de la valeur du peso en une seule journée.
Lors de la semaine, le peso a encore piqué du nez, le dollar s’échangeant entre 57,8 et 62,1 pesos, alors que pendant des mois il ne dépassait pas la fourchette de 41 à 46 pesos.
Face à cette situation, et dans le but de calmer le marché financier et de contenir les répercussions de l’effondrement du peso, le président argentin a annoncé, dans un discours télévisé, un ensemble de mesures économiques incluant notamment une hausse du salaire minimum, des primes ponctuelles, des réductions d’impôts et le gel des prix du carburant durant trois mois.
“Ce que je vous ai demandé était très difficile, c’était comme d’escalader l’Aconcagua”, a reconnu Macri à propos des efforts demandés aux Argentins depuis son arrivée au pouvoir.
“Vous êtes éprouvés et fatigués. Arriver à la fin du mois est devenu une tache impossible, beaucoup de familles ont dû réduire leurs dépenses”, a poursuivi le président.
Néanmoins, ces actions n’ont pas convaincus l’opposition qui les a considéré tardives et insuffisantes face à l’ampleur de la crise économique dans la 2ème économie de l’Amérique du Sud. De même la société a répondu par une manifestation massive.
Jeudi, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Buenos Aires en brandissant des banderoles et chantant des slogans contre les politiques gouvernementales, notamment les emprunts au Fonds monétaire international (FMI) et les mesures d’austérité.
Les protestataires ont condamné la détérioration des conditions de vie, la hausse en flèche de l’inflation et la chute du pouvoir d’achat du fait de l’effondrement continu de la valeur de la monnaie locale, le Peso, appelant le gouvernement à augmenter d’urgence les salaires et à créer davantage de postes d’emplois.
Côté international, les agences Fitch et S&P ont abaissé, vendredi, la note de la dette souveraine de l’Argentine respectivement de B à CCC et de B à B-.
Et pour boucler la boucle, le ministre argentin des Finances, Nicolas Dujovne, a démissionné, samedi, au terme d’une semaine de forte baisse des marchés marquée par une chute de 20% de la valeur du peso et un plongeon de 30% de la bourse.
M. Dujovne sera remplacé par Hernan Lacunza, ministre de l’Économie de la province de Buenos Aires.
Dans sa lettre de démission, publiée par les médias, M. Dujovne s’est dit “convaincu qu’en raison des circonstances, la gestion (gouvernementale) nécessite une rénovation significative dans le secteur économique”.
Avec l’élection présidentielle qui sera organisée dans 70 jours, les Argentins se retrouvent devant un dilemme et non des moindres, alors qu’une campagne électorale atypique s’annonce.
En attendant le 27 octobre, Mauricio Macri pourra-t-il faire une “remontada” et remporter un second mandat ou les Argentins ont déjà choisi d’opter pour une autre voie?
Seuls les bulletins de vote répondront à cette question qui taraudent nombre de dirigeants sud-américains.

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