Tanger, une muse qui revient en force dans la littérature espagnole

Tanger, une muse qui revient en force dans la littérature espagnole

mardi, 7 novembre, 2017 à 11:37

-Par Hicham BOUMEHDI-

 

Madrid  – “Tanger est un terreau fertile pour faire de la littérature !” s’est exclamé l’écrivain espagnol Javier Valenzuela, annonçant d’emblée la couleur lors d’une conférence, tenue récemment à Madrid, autour de la présence de la ville du Détroit dans la littérature espagnole.

Le sujet n’est pas fortuit, si l’on prend en considération que plusieurs romans nouvellement édités en Espagne ont pour point commun la ville de Tanger comme arrière-plan et lieu où se développent leurs trames respectives, un retour en force qui fait honneur à une longue tradition de récits inspirés par une ville aussi magique que mystérieuse.

Javier Valenzuela lui-même est l’auteur de l’une de ces nouvelles parutions, à savoir son deuxième roman “Limones negros” (Citrons noirs). L’écrivain et journaliste originaire de Grenade (Sud) avait déjà fait de la ville du Détroit le théâtre de son premier livre de fiction “Tangerina”, un roman noir paru en 2015.

La conférence, organisée par la Casa Arabe de Madrid, a aussi connu la participation de María Dueñas, professeure universitaire de littérature anglaise qui a fait en 2009 son entrée dans le monde de l’écriture avec un véritable phénomène éditorial : “El tiempo entre costuras” (L’Espionne de Tanger, dans la traduction française).

Le roman s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et a été traduit à au moins 25 langues, et sa popularité est allée grandissant après son adaptation sur petit écran à travers un feuilleton diffusé sur la chaîne Antena 3.

L’autre écrivain présent à ce débat est le plus tangérois d’entre eux. Antonio Lozano est né à Tanger en 1956 et a vécu notamment entre le Maroc et les îles Canaries. Son dernier roman, “Un largo sueño en Tánger” (Un long rêve à Tanger) s’inspire de sa ville natale et a été publié en 2015.

D’autres titres récents se sont également imprégnés de la force inspiratrice de la ville du Nord du Maroc. Parmi eux, “Eva”, dernier opus de l’écrivain à succès Arturo Pérez-Reverte, ou encore “Niebla en Tánger” (Brume à Tanger) de Cristina López Barrio, finaliste avec ce roman du prestigieux prix Planeta 2017.

La raison de cet engouement : Javier Valenzuela met en avant le caractère “magique” de Tanger, “un site fantastique pour conter des histoires”.

De l’avis des spécialistes, ce fait a un rapport évident avec l’histoire de la ville, notamment la période coloniale de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, lorsque Tanger, dotée d’un statut international, a attiré différentes communautés, devenant un véritable carrefour des cultures et des civilisations, une sorte de “petit monde”, une mine d’histoires et d’inspiration.

 

    “Les Tangérois sont eux-mêmes de grands conteurs. Il suffit d’écouter et de s’inspirer !”, ajoute Valenzuela, qui note aussi que Tanger est une ville hispanophile et, en bonne partie, hispanophone.

Les Espagnols, qui étaient nombreux à Tanger dans la première moitié du 20èmesiècle, étaient très proches des Marocains et maintenaient des liens solides avec eux, sans aucune forme de cloisonnement, souligne-t-il.

María Dueñas relève elle aussi que Tanger est une ville «envoûtante et captivante», une cité qui ne montre pas tout ce qu’elle a et sait garder intact son mystère.

«Dans mon livre, Tanger est une conjoncture, vers laquelle les personnages sont attirés pour une raison ou pour une autre. Elle est synonyme des péripéties de la vie, qui s’imposent à la volonté des personnes», dit-t-elle.

Antonio Lozano est à son tour attiré par les mythes de Tanger et son histoire singulière en tant que ville ouverte et tolérante. «La cohabitation entre les religions, les cultures et les différentes nationalités qui ont vécu à Tanger est un fait marquant, les Tangérois de toutes nationalités revendiquent cet héritage commun», assure le Tangérois de naissance.

Ce romancier et traducteur est également séduit par les paysages de Tanger et sa lumière, qui a attiré tant d’artistes internationaux, à commencer par Henri Matisse et Eugène Delacroix.

“Tanger est un personnage à part entière !”, affirme-t-il, tout en faisant remarquer que la ville du Détroit ne se résume pas pour autant à son mythe.

Javier Valenzuela le rejoint sur ce point et souligne que Tanger est aussi une ville actuelle qui fait face aux enjeux et problèmes du monde actuel. “Cette actualité est aussi une source d’inspiration”, estime-t-il.

L’écrivain et journaliste, ancien correspondant d’El Pais à Rabat, a, en outre, saisi cette occasion pour mettre la lumière sur deux chefs d’œuvres de la littérature espagnole qui ont eus Tanger comme toile de fond, à savoir “La vida perra de Juanita Narboni” (La Chienne de vie de Juanita Narboni) d’Angel Vázquez, porté à l’écran en 2005 par la réalisatrice marocaine Farida Benlyazid, et “Reivindicación del Conde don Julián” (Don Julian dans l’édition française) du célèbre écrivain décédé récemment Juan Goytisolo.

Pour Javier Valenzuela, il s’agit là de deux joyaux de la langue espagnole qui n’ont pas reçu la reconnaissance qu’ils méritent.

Pour revenir à Tanger, Valenzuela note que, plus qu’un mythe, la ville du Détroit est surtout un symbole d’une coexistence et d’une histoire partagée dont le monde, et non seulement les écrivains, devrait s’en inspirer.

“Le 21ème siècle sera tangérois ou ne sera pas !”, prédit-t-il.

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