Tunisie: Un pays malade de sa fonction publique

Tunisie: Un pays malade de sa fonction publique

vendredi, 30 novembre, 2018 à 19:12

Par – MAHMOUD EL KALI –

Tunis – La grève générale observée le 21 novembre dernier dans la fonction publique, le boycott des examens dans l’enseignement secondaire, décrété par le syndicat national de l’enseignement secondaire, et le malaise latent qui se poursuit dans les secteurs de l’enseignement supérieur et de la santé, sont le reflet de la grande cacophonie qui est en train de ronger le secteur public en Tunisie et de l’incapacité de fournir des réponses pour mettre un terme à cette spirale.
La réforme de la fonction publique et la restructuration des entreprises publiques devient un vrai dilemme pour la Tunisie. Plus le temps passe, plus les problèmes gagnent en complexité, les demandes se multiplient et les déficits s’accumulent. Selon les spécialistes, les solutions se font attendre, faute de courage politique des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 (plus de dix) et aussi de résistance au changement et à la mise en œuvre des réformes.
En dépit de l’activation, très tardive du Conseil national du dialogue social mardi dernier, tout indique que la grogne sociale des fonctionnaires est loin d’être apaisée. L’influence de ce conseil, où sont représentés tous les partenaires sociaux, censé promouvoir la cohésion sociale, la stabilité politique dans le pays, le règlement des différends et l’impulsion de la croissance via la productivité et l’employabilité, reste encore limitée.
D’ailleurs, la centrale syndicale, l’UGTT, partie prenante de cette structure, vient de décréter une autre grève générale dans la fonction publique le jeudi 22 décembre prochain pour l’augmentation salariale mais également la préservation des institutions publiques.
Manifestement au regard de l’amplification des revendications, le gouvernement se trouve les mains liés. Avec l’aggravation de la crise des finances publiques et les exigences posées par le Fonds Monétaire International pour poursuivre son soutien aux réformes, les pouvoirs publics se trouvent dans une position très inconfortable, entre le marteau et l’enclume.
En effet, la signature des augmentations salariales dans le secteur public, touchant 150 mille employés, a attiré au gouvernement les foudres du FMI. Le directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds, Jihed Azouri n’y est pas allé par quatre chemins prévenant que “La Tunisie doit maîtriser sa masse salariale dans le secteur public afin d’éviter de graves problèmes d’endettement”.
Sous un programme avec cette institution de Bretton Woods, la Tunisie est tenue à mener une politique budgétaire très conservatrice qui lui permettrait de réduire progressivement son déficit budgétaire à des niveaux acceptables pour son économie.
Pour avoir la mesure des dérapages, peu contrôlés, enregistrés depuis 2011, il faut souligner que la masse salariale de l’administration représente 14,4% du PIB, soit les deux tiers des revenus fiscaux et la moitié du total des dépenses de l’Etat.
En effet, sur chaque 1.000 Dinars Tunisien (1 Euro = 3,3 dinars) de recettes fiscales collectées par l’Etat, trois quarts sont consacrées au paiement des salaires dans la fonction publique, surchargée avec plus de 639.000 agents. D’après une étude de l’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, la masse salariale des agents de la fonction publique est passée de 7,680 milliards de Dinars en 2011, à 13,7 MMD en 2017 et à 16,458 MMD en 2019.
En comparaison avec les autres pays de la région, les chiffres du FMI montrent que la masse salariale de la fonction publique au Maroc représente 12% du PIB.
La hausse de la masse salariale, depuis 2011, est une résultante directe des recrutements anarchiques opérés par les gouvernements successifs dans le secteur public comme moyen de répartir la richesse et garantir l’appui politique.
Résultat : de 2011 à 2014, le nombre de fonctionnaires de l’administration publique est passé de 430 mille à 590 mille, soit une hausse d’environ 35%. La réforme de la fonction publique amorcée depuis le début de 2018 semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile. Elle prévoit un programme de départ volontaire ainsi que le gel des recrutements, afin d’alléger le poids de l’administration. Cette loi a connu un “succès” relatif, puisque seulement 6.000 sur 25.000 fonctionnaires concernés ont exprimé leur souhait de quitter l’administration, moyennant un système d’indemnisation qui ne semble pas être attrayant.
Face à ces problèmes au demeurent insolubles et dont la gestion est devenue des plus ardues, vient s’ajouter la situation très inquiétantes des entreprises publiques, qui cumulent depuis 2011 les déficits et un dysfonctionnement notoire.
Le cumul des résultats déficitaires de l’ensemble des entreprises publiques en 2016, par exemple, s’est établi à hauteur de 6,524 MMD. Ce qui préoccupe le plus ce sont les indicateurs alarmants de pas moins 22 entreprises publiques les plus importantes dans le pays, dont le Groupe Chimique Tunisien, la Compagnie des Phosphates de Gafsa, la Régie Nationale des Tabacs et Allumettes, la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et la Société Nationale de Distribution de Pétrole.
En effet, ces établissement déclinent des capitaux propres négatifs de l’ordre de 2,9 milliards de dinars au titre de 2016 contre 400 MD en 2010, une augmentation de la masse salariale à hauteur de 4 milliards de dinars en 2016 contre 2,580 MMD en 2010, des subventions de l’ordre de 5,851 MMD en 2014 contre 2,600 MMD en 2010, ainsi que une croissance vertigineuse de la masse salariale dans quelques entreprises sur la période de 2010.
“Ernest and Young Tunisie” explique cette situation par le fait que 50 entreprises publiques sur un total de 92 soumises à des analyses, déclinent des résultats reportés négatifs avec un total de l’ordre de 6,524 milliards de dinars. Onze entreprises publiques dont la Société Tunisienne de Banque, la compagnie aérienne nationale “Tunisair”, la Société de Transport Urbain (Transtu), la Société Tunisienne d’Electricité et du Gaz (STEG) et notamment le Groupe Chimique présentent un total à hauteur de 78% de celui des résultats négatifs reportés.
Ce diagnostic reflète une situation qui se caractérise par l’absence de vision quant au rôle joué par les entreprises publiques, la multiplication des faiblesses au niveau de la gouvernance interne des entreprises publiques et, surtout, l’impossibilité d’un dialogue social privilégiant les solutions de compromis.

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