Face au coronavirus, le Maroc a “agi en modèle” pour les pays en développement (Expert du PCNS, l’économiste brésilien Otaviano Canuto)

Face au coronavirus, le Maroc a “agi en modèle” pour les pays en développement (Expert du PCNS, l’économiste brésilien Otaviano Canuto)

lundi, 4 mai, 2020 à 12:32

Propos recueillis par Omar ACHY

Washington – Face à la pandémie du coronavirus, la réponse du Maroc a été “rapide et pertinente, ce qui en fait un modèle pour ce qui devrait être mis en œuvre par les autres pays en développement”, a estimé, dans un entretien à la MAP à Washington, l’économiste brésilien Otaviano Canuto, Senior Fellow au Policy Center for the New South (PCNS).

L’expert en macroéconomie internationale qui a occupé pendant de longues années des postes de haut rang au sein notamment du FMI et de la Banque mondiale, a qualifié l’Initiative de solidarité africaine lancée par SM le Roi Mohammed VI d'”effort louable” pour soutenir d’autres Etats du continent car, pour lui, la bataille aujourd’hui contre cette crise sanitaire est globale, et “soit nous réussirons à l’échelle mondiale, soit elle reviendra nous hanter tous”.

Au Maroc, “les répercussions ont été limitées et la pandémie a été relativement maîtrisée. Il convient de souligner la complémentarité des actions des institutions publiques, du secteur privé et de la société civile”, a relevé cet ancien vice-ministre des affaires internationales au Ministère brésilien des finances citant les mesures prises au plan sanitaire avec “la priorité accordée à l’augmentation de l’offre d’infrastructures”, et au niveau économique avec la mise en place d’un fonds spécial avec des ressources correspondant à 3% du PIB afin de “répondre à la fois aux chocs de l’offre et de la demande”.

“En distribuant des aides aux ménages en situation précaire et en accordant des aides aux entreprises vulnérables, il est devenu possible d’entrevoir un atterrissage en douceur de l’économie et d’aplanir la courbe de la récession”, a estimé l’ex-vice-président et directeur exécutif de la Banque mondiale, directeur exécutif du FMI et vice-président de la Banque interaméricaine de développement.

La recherche de financements extérieurs a également été “entreprise avec célérité”, étant donné que le Maroc, comme d’autres pays en développement, a également été impacté par des chocs extérieurs, a-t-il noté dans cet entretien dans lequel il fait une radioscopie de la conjoncture économique mondiale dans le contexte de la crise sanitaire sans précédent et livre une analyse des mesures à mettre en œuvre pour en atténuer les répercussions et préparer la relance.

Pour le cas du Maroc, l’économiste a noté que les investissements directs étrangers, les revenus du tourisme et les envois de fonds sont en baisse. Sauf que “la politique monétaire a aidé” à faciliter l’accès au financement pour les entreprises confrontées à des besoins de trésorerie ainsi qu’une assistance sociale ciblée qui est, selon lui, une “composante fondamentale du train de mesures requises, le défi étant d’améliorer l’identification des bénéficiaires potentiels”.

Interrogé sur la paralysie des chaînes d’approvisionnement mondiales et l’opportunité pour les pays, comme ce qui a été fait au Maroc, d’opérer des changements structurels pour une plus grande autonomie, l’expert brésilien a répondu: “tout à fait. la crise mondiale de coronavirus et la ruée sur les ventilateurs et autres équipements médicaux disponibles a hissé ces secteurs à un niveau stratégique pour tous les pays”.

En tenant compte de la forte probabilité d’événements de santé similaires à l’avenir, “il devient clair à quel point il sera pertinent de compter sur la production nationale dans certains d’entre eux, du moins dans certaines régions. Cela peut également être l’occasion de développer des capacités locales de fabrication de manière plus efficace et à moindre coût”. D’un autre côté, des politiques appropriées devront être mises en place, a-t-il dit.

Réagissant à l’initiative lancée par SM le Roi Mohammed VI pour pour promouvoir une solidarité africaine face à cette crise inédite, l’universitaire et spécialiste en macroéconomie internationale et dans les affaires internationales, a évoqué un ‘”effort louable pour soutenir d’autres pays africains”.

“La crise frappe durement, en particulier les pays les plus pauvres, où les difficultés pour aplatir les courbes à la fois de l’épidémie et de la récession sont encore plus grandes, et les chocs externes ont été intenses”, a-t-il dit.

Dans son diagnostic de la conjoncture économique actuelle, le senior fellow au Policy Center for the New South a notamment expliqué que la crise du coronavirus est principalement un problème de santé publique exigeant des politiques de confinement qui conduisent inévitablement à des chocs au plan économique.

Une des principales raisons du confinement est la perception répandue que, compte tenu de la dynamique de l’infection – et du nombre correspondant de personnes ayant besoin de soins cliniques – les capacités locales de soins de santé risquent d’être submergées, avec des projections de décès plus élevés, dans un scénario d’inaction. Par conséquent, les politiques visant à aplanir la courbe pandémique et à gagner du temps deviennent vitales, qu’elles réduisent ou non à terme le nombre absolu de cas d’infection.

“Mais la courbe pandémique génère une courbe de récession qui doit également être aplatie”, a précise M. Canuto rappelant que la pandémie de coronavirus a entraîné à la fois des chocs négatifs sur l’offre et la demande.

“C’est là qu’intervient le rôle extraordinaire de l’État en tant qu’assureur en cas de catastrophe à travers l’octroi d’un soutien fiscal, y compris des ressources supplémentaires pour les systèmes de santé, des transferts monétaires aux personnes touchées par la crise, des allégements fiscaux, ainsi que des crédits disponibles à des conditions favorables aux entreprises vulnérables”, a-t-il détaillé.

Ces mesures d’urgence et temporaires, ainsi que l’augmentation de la dette publique comme forme de financement, visent à atténuer les conséquences perturbatrices de l’arrêt temporaire mais profond et brutal de l’économie.

Invité à réagir enfin à l’impact et l’avenir de la technologie qui s’est révélée cruciale dans le contexte de la pandémie avec le développement du télétravail ou l’enseignement à distance, le professeur d’économie à l’Université de São Paulo et à l’Université Campinas, a estimé qu’au Maroc, l’éducation “s’adapte aux évolutions technologiques à l’ère du coronavirus, avec l’introduction de l’e-learning et la mobilisation des médias publics pour la diffusion des cours”.

Comme dans le reste du monde, le travail à domicile et l’enseignement à distance se sont avérés réalisables et on peut s’attendre à ce que certaines des pratiques actuelles adoptées de manière extraordinaire soient maintenues, a-t-il indiqué s’attendant à ce que les déplacements physiques liés au travail diminueront, ce qui sera de bonne augure pour des considérations liées au changement climatique. L’accès à l’éducation peut également être élargi. “Espérons que la crise actuelle ne sera pas une occasion ratée”, a-t-il dit.

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